A.L.F. Le film – Interview du réalisateur


Icezine vous propose de suivre la génèse d’un film qui nous tient à coeur. Le réalisateur, Jérôme Lescure nous a fait l’honneur d’une interview pendant la phase de recherche de distributeurs et diffuseurs.
Le Réalisateur :
I : Bonjour Jérôme Lescure.
JL : Bonjour
I : Pour commencer, présentez-vous en quelques lignes pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Alinéa 3 ou Minotaure Films.
JL : Je suis auteur et réalisateur, ce qui m’a amené à créer ma propre association en 2006 : Minotaure Films a pour objet la production, la réalisation et la distribution de films, dans le but de dénoncer toute forme d’exploitation animale.
Je suis également en effet l’auteur du film Alinéa 3, fait à partir d’images tournées dans 5 arènes françaises en 2004. Depuis le film a été diffusé à des milliers de politiques, personnalités et anonymes de tous horizons, qui peuvent ainsi découvrir la réalité de la corrida.
I :  Quel est votre parcours militant ?
JL : Du plus loin que je m’en souvienne, je ne supportais pas de voir un animal souffrir, et j’agissais comme je le pouvais au moment où la situation se présentait. J’ai commencé à l’age de 15 ans la protection animale, plus tard j’ai monté mon association, j’ai aussi été enquêteur 2 ans dans les abattoirs, marchés aux « bestiaux » et pour divers autres associations…
I : Etes-vous végétarien ?
JL : Végétalien même. On en peut pas dénoncer une souffrance et se rendre responsable d’une autre….
I :  Avez-vous vu le film américain « Earthlings » (http://www.earthlings.com/) de Shaun Monson (2005, narration de Joaquin Phoenix, musique de Moby) qui a gagné plusieurs prix et traite de l’exploitation animale sous toutes ses formes? Si oui, qu’en avez-vous pensé ?
JL : Oui, bien-sûr, et j’ai trouvé ce film exceptionnel, très dur, pas adapté à tout public, mais très fort. Je l’ai projeté devant toute l’équipe du film quelques semaines avant le tournage, pour qu’ils sachent pourquoi ce thème, pourquoi les repas seraient tous végé pendant le tournage (j’avais engagé un cuisinier végétalien), et pourquoi les produits de maquillage utilisés seraient uniquement des produits non testés… Je voulais que chacun voit ce que subisse les animaux, histoire de se mettre dans l’ambiance du film.
I :  Comment vous est venue l’envie de faire des films ?
JL : Cette envie n’est pas nouvelle, le cinéma est mon métier. Et j’ai l’intime conviction que dénoncer les maltraitances animales par la voie de films, de spots, de documentaires sera l’une des principales armes pour parvenir à la victoire dans la lutte pour la libération animale. C’est le moyen le plus puissant pour alerter le grand public et de lui dévoiler la vérité.
Animal Liberation Front :
I :  D’où est venue cette idée d’un film sur A.L.F. ? Est-ce leurs actions médiatisées et polémiques qui vous ont attiré ?
JL : Cette idée d’un film sur ALF est un projet qui me trotte dans la tête depuis longtemps. C’est pour moi l’occasion de médiatiser la cause animale et de faire comprendre aux gens pourquoi les femmes et les hommes qui en font partie sont prêts à se mettre hors la loi pour sauver des vies. C’est surtout cela que je retiens de ce mouvement.

des militants d'ALF sauvant des Beagles d'un laboratoire

I :  Nous le saurons sans doute dans votre film, mais que pensez-vous des actions du type A.L.F. ? Etes-vous d’accord avec leur principe ? Quitte à être plus violent ? Jusqu’à quel point ?
JL : Je suis d’accord avec tout acte de libération animale pacifique et non violent. Pour la violence sur d’autres individus dont certains groupes (une minorité) sont parfois obligés de faire preuve, et même si je comprends de quelle colère profonde elle peut venir, je ne la cautionne pas en tant que personne.
I :  Où s’arrête le militantisme, où commence le terrorisme ?
JL : A partir du moment où il y a violence sur des êtres vivants, cela n’est plus acceptable. Cela s’applique aux groupes de libération animale, mais aussi pour les vivisecteurs, employés d’abattoirs sadiques, tortionnaires de taureaux ou autres dresseurs de cirques…
I :  Que pensez-vous de l’expression « terrorisme animal » ?

JL : Quand on s’enchaîne pacifiquement dans des arènes, on se fait “traiter” d’éco-terroristes, alors je n’en pense pas grand chose…
I : Dans certains pays le terrorisme animal est jugé aussi dangereux que des actions du type terrorisme religieux par exemple, quel est votre avis ? Pourquoi cette menace est-elle considérée comme réelle par des gouvernements ?
JL : Parce que plus les gouvernements cautionnent les tortures sur animaux, plus ils savent que la colère monte dans les rangs de ceux qui ont de l’empathie pour les animaux non humains. La violence appelle la violence, et ils les savent très déterminés. Je pense qu’ils ont raison d’en avoir peur, mais que la réponse de la répression n’est pas forcément la plus intelligente ; il faudrait voir pourquoi ils en arrivent là, et changer les choses pour plus de justice envers nos frères non humains.
I : Pour vous informer, avez-vous essayé de contacter des réseaux se réclamant de A.L.F., français ou étrangers ?
JL : Non, ce n’était pas la peine, je connais suffisamment le sujet par les lectures et ce que j’ai vu.
Encore une fois ce qui est important dans mon film, ce n’est pas tant la technique de ces groupes que de montrer que ce sont des femmes et des hommes comme nous qui sont prêts à perdre beaucoup pour sauver des animaux. En cela mon film leur rend hommage.
Le Film :
I : Parlez-nous un peu des acteurs du film, connaissaient-ils A.L.F. (les actions) avant le film ? Qu’en pensaient-ils ? Tous les noms que vous aviez en tête ont-ils accepté, ou certains ont refusé ?
JL : Il n’y a pas de réponse uniforme, tous avaient plus ou moins déjà entendu parler des groupes ALF mais pas plus que ça pour la plupart. J’ai réuni autour de moi pour ce film des personnes qui étaient sensibles à cette cause, mais pas seulement, quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je pense qu’ils comprennent mon message, et pour certains ont même changé des habitudes dans leur vie…
I :  Avez-vous subi des pressions pendant le tournage de ce film ?
JL : Non, pas de pressions pendant le tournage puisque je suis libre de mes mouvements et de mes actes, mais je crois que les difficultés vont commencer maintenant, au niveau de la sortie en salle.
I : Vous avez fait un appel aux dons pour financer le film, comment cela s’est-il passé ?
JL : Je voulais faire ce film mais je n’avais pas d’argent, j’ai donc voulu lancer un appel à tous les contacts que j’avais dans la protection animale depuis ces dernières années pour trouver des partenaires financier ; le résultat a été au-delà de mes espérances puisque j’ai pu réunir la somme qui m’a permis de commencer le tournage. J’ai reçu des centaines de chèques, des petits dons jusqu’aux partenaires plus importants qui m’ont permis de réunir la somme.
I : Avec un sujet aussi polémique que A.L.F., ne prenez-vous pas le risque d’effrayer certaines associations ?
JL : Si, j’ai déjà eu quelques retours de ce type, très peu, mais ce qu’il faut comprendre, c’est que mon film n’est pas un appel à la violence, au contraire, il s’agit de montrer pourquoi ces gens en viennent à se mettre dans l’illégalité pour sauver des vies, et aussi de montrer pourquoi ils se battent. La psychologie des personnages est très importante. J’en profite pour dénoncer ce qui se passe dans les laboratoires et ailleurs…
I : Que reste-t-il à faire sur le film actuellement ? De quoi avez-vous besoin ?
JL : Nous attaquons désormais la phase la plus importante pour la sortie du film en salle : la vente auprès des distributeurs. Il est important de trouver un distributeur qui sera prêt à se battre pour le film afin que celui-ci sorte dans un maximum de salles, car comme vous le savez, le sujet n’est pas anodin.
Parallèlement à cela, nous préparons les dossiers pour les festivals (Cannes, Toronto, San Sebastián, Los Angeles (Artivist) etc), ; cela est essentiel notamment afin de nous aider à trouver des distributeurs étrangers pour la sortie du film à l’international. Une sélection dans un festival est un gage de reconnaissance artistique qui permettra aussi et surtout de faire passer notre message. Tout cela a un coût évidemment car il nous faut à nouveau financer les inscriptions aux festivals, la réédition des dossiers de presse et la duplication des DVD pour les distributeurs et les festivals, les frais d’envoi…
I : Comment pensez-vous diffuser « A.L.F »? Avez-vous des distributeurs ?
JL : Nous sommes actuellement en pourparlers avec deux sociétés de distribution françaises, qui semblent intéressées par le projet, et nous continuerons à en contacter dans les semaines qui viennent en fonction des suites données.
I :  Le plan médias accompagnant le film a-t-il été lancé ? Quels échos avez-vous des télévisions, radios, magazines papier, Internet ?
JL : Vous découvrirez dans quelques semaines le site officiel du film ( http://www.alf-lefilm.fr ), qui sera mis en ligne environ trois mois avant la date de sortie. La nouvelle bande-annonce, inédite, ainsi que de nombreuses informations sur le film, le casting, le tournage, l’équipe technique etc y seront dévoilées.
D’ores et déjà, la page facebook du film (A.L.F. (Animal Liberation Front), a film by Jérôme Lescure ) rassemble plus de 13.000 fans, sans que nous ayons lancé la moindre promotion. J’ai de plus en plus de demandes d’interviews, donc je suis optimiste pour la suite.
I :  Pensez-vous déjà à d’autres projets ?
JL : Pour le moment, je suis concentré sur ce long métrage, il y a encore beaucoup à faire même si le film est terminé. Mais j’ai pleins d’idées et il y en aura d’autres….
I : Revenons sur vos clips anti-corrida. Après l’interdiction des trois spots avec Renaud, avez-vous vu des changements dans cette forme de censure ? Procéderiez-vous autrement pour les diffuser ?
JL : La censure concernant les images de corrida est extrêmement hypocrite en France : les enfants peuvent assister gratuitement à la séance de torture en allant aux arènes avec leurs parents, mais on ne doit pas en parler ni montrer des images à la télévision.
Internet permet de montrer ce que les medias ou le CSA censurent. Mais non il n’y a pas spécialement de changement vis à vis des medias, voila pourquoi nous serons obligés de faire de plus en plus d’actions comme celle de Rodilhan à laquelle j’ai participé avec le CRAC EUROPE.

© Jérôme Lescure - Minotaure Films

I : Si, hélas, il fallait choisir plusieurs causes dans la défense des animaux, quelles seraient les trois premières ?
JL : Difficile de répondre, tout dépend de la façon dont on interprète la question.
Les trois formes de maltraitances qui disparaitront les premières selon moi sont les trois qui se font pour le loisir : la corrida, la chasse et le cirque, car plus rien ne justifie cela au 21ème siècle, c’est d’ailleurs totalement surréaliste que ça existe encore.
Pour ce qui est de l’échelle de destruction d’être vivants, je dirais que j’aimerais voir disparaître
l’expérimentation animale et l’abolition de la viande.
I :  Pour conclure, un dernier mot pour nos lecteurs?
JL : Merci à tous ceux qui m’ont aidé à mener à bien ce projet, et pour ceux qui ne l’ont pas fait, venez voir le film lorsqu’il sortira en salle (surtout la première semaine, c’est très important), invitez vos amis et connaissances à faire de même ; le succès d’ALF permettra également de faire parler des horreurs commises dans les laboratoires d’expérimentation animale.
I : Merci beaucoup pour votre dévouement. Nous avons hâte que le film sorte !
JL : Moi aussi !
La Page Facebook
Le site de Minotaure Films
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