Ciné – Politique : Made in France


Voilà un film qui aurait pu avoir une belle carrière mais qui risque de passer inaperçu, par le manque de courage des distributeurs et exploitants de salle. En effet, Made In France suit le parcours de jeunes candidats au terrorisme, un terrorisme Made in France.

Ce blog a déjà abordé le sujet, à travers une synthèse d’enquètes. Ici c’est justement un journaliste infiltré qui fait office de héros. Il se retrouve embarqué dans une petite cellule naissante, qui vise à faire des attentats sur le sol français, …. en même temps que d’autres cellules. Il faut savoir que le film a été tourné en 2014, soit avant les attentats de Charlie Hebdo et bien avant ceux de Novembre 2015. La sortie du film a été repoussée par deux fois, avant d’être proprement annulée pour une simple sortie en vidéo. Nicolas Boukhrief a pourtant pris des pincettes pour ne pas nourrir une apologie de ces terroristes.

Le problème est peut-être là, puisqu’on aimerait creuser un peu plus les personnages, comme ce Sidi qui paraît totalement paumé, ou ce « Youssef »/Christophe dont on se demande qu’est-ce qui le pousse à quitter sa jeunesse dorée. Il ne faut pas s’identifier à ces personnages, ni même à ce journaliste, Sam, qui prend des risques inconsidérés pour montrer la vérité, mais aussi un peu pour son égo. Nicolas Boukhrief montre pourtant du talent à louvoyer ainsi entre le film d’action, le polar psychologique, le film d’enquête et d’espionnage. La mise en image est bonne, tout comme un casting bourré de bonnes rencontres. C’est typiquement le film qui ouvre un débat derrière. Sans faire non plus une critique acerbe de la société française, Made In France y pose des notions. Dans le contexte d’aujourd’hui, Boukhrief pouvait difficilement s’engager autrement. Peut-être un jour voudra-t-il reprendre l’ouvrage autrement, ou un autre réalisateur ?

Un élément pourtant important dans le film est le rôle de la Police. Sans dévoiler trop de l’histoire, Boukhrief essaye de montrer deux figures de cette police qui représentent à la fois un aspect protecteur, mais aussi un aspect plus résigné, cette police qui dit manquer de moyen et ne gère finalement aucune priorité. Là encore, le réalisateur ne prend pas parti et se contente d’exposer des faits. Il réussit ainsi à ne pas tomber dans des caricatures pourtant faciles. Le dénouement n’est pas aussi facile que ce que l’on pourrait croire…. alors qu’il était visionnaire sur bien des points.