Histoire : Le Cas Louis Renault


Récemment, les héritiers Renault ont réclamé la réhabilitation de Louis Renault, injustement (selon eux) dépossédé de ses biens à la libération. Et si l’histoire n’était pas telle que l’on veut bien nous la raconter?

Au centre de cette affaire Louis Renault, il y a la violente opposition avec les militants communistes de l’époque qui prend ses sources dès le milieu des années 30. Ce sont ces même communistes qui réclameront la tête de Renault à la libération et qui émettent aujourd’hui de vives protestations, se basant notamment sur le travail de l’historienne, Annie Lacroix-Riz, communiste elle même. Entre accusations de révisionnisme stalinien de la part d’historiens de droite sur d’autres de ces travaux et les accusations de révisionnisme de cette même historienne, il est difficile de se fixer définitivement sur cette affaire.Voici quelques éléments qui montrent la complexité du problème.

On cite souvent le problème d’une photo où l’on voit Louis Renault avec Adolf Hitler au salon de Berlin en 1939. Ce même Hitler aimait les voitures et Renault était une marque de luxe emblématique à cette époque. L’ambition de Louis Renault était notoire et sa guerre avec André Citroen en est un des exemples. Aussi voyait-il d’un bon oeil pour ses affaires un développement dans une Allemagne prometteuse économiquement….mais à la politique déjà belliqueuse (la Tchécoslovaquie était envahie). Si l’on voulait comparer aujourd’hui, on pourrait très bien dire à nos constructeurs de ne pas fabriquer ou vendre des voitures dans des pays où la dictature, voir le terrorisme ont cours. Imaginez si PSA arrêtait de fabriquer en Iran parce que son dirigeant est, soit disant,  infréquentable… (MAJ 2013 : ce sera fait sous la pression américaine) Le cas s’est posé récemment aussi avec les activités de Total en Birmanie.

Le rôle des communistes après la défaite de 1940 est plus que trouble. Staline est encore l’allié d’Hitler à cette époque. Si certains ont pris le parti de la résistance, d’autres ont choisi la collaboration, fermant les yeux sur les arrestations de délégués syndicaux qui n’étaient pas dans la ligne du parti…communiste. Avec l’ouverture du front de l’est un peu plus tard, les choses se clarifieront en partie. Louis Renault est rentré d’un voyage d’affaire aux Etats-Unis en 1940 et a retrouvé ses usines occupées, sous le joug de la Daimler-Benz. Deux solutions se présentaient, si on simplifie :

  • La Collaboration à l’effort de guerre allemand en fournissant véhicules et pièces ou en convertissant ses usines à la fabrication d’armement. Cela garantissait également un travail pour ses ouvriers.
  • La résistance passive par le sabotage de l’outil de production ce qui signifiait non seulement des problèmes pour lui mais aussi plus aucun travail pour ses ouvriers.

Reste un paramètre souvent oublié : Le STO. Car si les ouvriers n’étaient plus dans l’usine Renault, ils devenaient disponibles pour une déportation en travail obligatoire en Allemagne. Il ne s’agissait pas de savoir s’ils étaient d’accord ou pas mais bien d’un système de « bagne ». Le gouvernement de Vichy collabora activement à ce système avec là encore un beau travail de dénonciation des « éléments perturbateurs ». Un des arguments des défenseurs de Renault, est qu’il voulait préserver sa main d’oeuvre de cette déportation.

Parallèlement à ce cas Renault, les usines de la zone occupée furent réquisitionnées elles aussi par l’occupant allemand et converties dans l’armement ou le support de l’effort de guerre allemand. D’autres constructeurs automobiles (Hotchkiss ou Panhard par exemple) firent du zèle avant que les bombardements mettent fin au fonctionnement des usines. Il existe une guerre des chiffres sur la production de Renault durant cette période. Certains parlent de malfaçons notoires dans les produits sortant de chaîne, sur ordre….et d’autres d’une stabilisation de la production avec une forte part pour le militaire. Il est évident que dans cette période, les véhicules civils étaient peu usités. Il n’y a qu’à comparer les productions américaines de la même période pour démontrer que ce seul argument ne tient pas : nous étions dans une économie de guerre.

Le regard complaisant qu’eut une majorité du patronat français vis à vis de la montée du fascisme en Europe et son rôle dans la collaboration ont été maintes fois démontrés. Après la libération, il fallait relancer l’économie et donc conserver à la fois l’outil de production mais aussi les dirigeants principaux, aptes à mener à bien cette reconstruction. Beaucoup d’entre eux jouèrent un double jeu dès 1944 lorsque le vent tourna en soutenant à la fois la résistance et l’occupant. Et ils trouvèrent alors des témoins de moralité dans les procès intentés par les personnes qu’ils avaient dénoncées pendant l’occupation. On pourrait faire aujourd’hui le parallèle avec les chutes des dictatures récentes et l’apparition d’anciens dignitaires peu reluisants dans les nouveaux gouvernements. Ce fut également le cas dans le Japon d’après guerre. Si tous les coupables devaient être traduits en justice, les pays ne pourraient se relever aussi vite que nécessaire. Est-ce mieux pour autant?

Louis Renault était à la fois ambitieux et soucieux de son empire. Il cherchait évidemment à protéger son outil de production, ce qui le conduisit à des compromis. Malade en 1945, avec des usines relativement épargnées, il était une cible idéal pour mettre à la fois un terme à l’épuration et faire un exemple. Etait-il réellement collaborateur du régime Nazi? Si son ambition a vu d’un bon oeil l’expansion allemande, cela allait à l’encontre d’autres de ses valeurs. Louis Renault est l’exemple même de l’hypocrisie de toute libération d’un état. Les coupables les plus malins s’en sortent souvent et il ne reste que les boucs-émissaires.

Faut-il réhabiliter Louis Renault? En réouvrant le dossier après 60 ans, cela permettra également de mettre le doigt sur d’autres coupables, et d’autres rôles troubles, même chez les opposants à cette réhabilitation. Et c’est sans doute cela qui dérange le plus.

Advertisements

Une réflexion sur “Histoire : Le Cas Louis Renault

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s