culture

Tunisie : La démocratie critiquée


Saluée hier comme le pays précurseur de la vague démocratique du monde arabe, la Tunisie est aujourd’hui sous le feu des critiques après les premières élections pour l’assemblée constituante. 

Pourtant, ces élections sont une franche réussite : Plus de 80% de participation parmi les inscrits, des candidatures de tous bords, aucun incident ou tricherie (en dehors de quelques manifestations d’extrémistes) et aucune protestation du moindre parti. Mais ce que les médias hexagonaux mettent en avant, c’est la victoire des « Islamistes » du parti Ennahdha, et la déception de la jeunesse « branchée » qui avait mené campagne pour cette révolution.

Ce parti récolte en fait les fruits d’une politique de longue haleine qui l’a amené de la clandestinité vers le premier plan. Fondé en 1981 et longtemps interdit, il a su tisser des liens de confiance auprès de la population tunisienne. Face au chaos qui semble régner dans d’autres pays arabes post-révolutionnaires, Ennahdha se veut rassurant en pronant l’ordre et la justice et en parlant d’une Tunisie « Modèle ». Face à ce parti, le PDP a une image contrasté puisqu’il était légal pendant l’ère Ben Ali, en ayant à la fois des origines marxistes mais en parlant surtout de retour aux libertés, de lutte contre la corruption et de partage des pouvoirs. Le Parti Communiste des Ouvriers Tunisiens est l’autre force politique historiquement importante et légalisé à la révolution. Son programme ouvertement communiste a pu rebuter l’électorat. Enfin, Ettajdid représente la gauche communiste plus modérée avec son slogan « Des Citoyens Libres dans une Société Juste ».  Ces deux derniers partis se retrouvent supplantés par des formations plus récentes comme le Congrès pour la république, formation de la gauche laïque, ou Ettakatol, de gauche progressiste.

La religion musulmane étant très imprégnée dans la société tunisienne et comme beaucoup de pays après une révolution, la population a besoin de se rassurer et de s’appuyer sur des valeurs sures. De ce fait, cette victoire d’Ennahdha est logique et surtout tout à fait légitime car non entachée de menaces ou de manipulations. L’occident s’inquiète évidemment de l’arrivée d’un parti religieux en pensant à l’Iran ou encore à l’Arabie Saoudite alors que la Tunisie a une tradition d’ouverture et de cohabitation des religions (même si le pays est musulman à 99%). Bien sur, avec l’exercice du pouvoir, il peut toujours y avoir une tentation de diktat. C’est toujours cette peur, et ce vieux réflexe colonialiste,  qui prédomine sans laisser une chance au peuple tunisien de prendre son destin en main et d’ouvrir la voie à un régime à la fois musulman et moderne qui deviendrait l’exemple à suivre. On lit même des propos fleurant bon l’anti-islamisme primaire chez certains editorialistes. Même si Ennahdha se dirige vers une quasi majorité, il devra composer avec les aspirations des autres formations et les inquiétudes d’une jeunesse déçue par ces 9 mois de liberté. Le peuple tunisien ne restera pas endormi et ne se fera pas confisquer une liberté si chèrement gagnée et il serait bon de voir l’Europe féliciter la Tunisie pour la réussite de ce vote plutôt que de la critiquer et la moquer, voir de l’infantiliser. Et pour la Libye, rien de commun, contrairement aux amalgames que l’on entend même chez des « spécialistes de l’islam »…

Une réflexion sur “Tunisie : La démocratie critiquée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s