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France : Le Contre-Discours de Bordeaux


15 Novembre : Nicolas Sarkozy fait un discours sur le thème de la préservation du modèle social (disponible ici) . A cette occasion, il revoit l’histoire à sa manière. Revoyons son discours à la notre :

Il commence par se rattacher à l’histoire et à De Gaulle et parle de renaissance de la France, de combat, d’union de tous les partis dans le Conseil National de la résistance. Doit-on y voir un message subliminal appelant à un gouvernement d’union nationale face à la crise? Nul ne sait mais c’était surtout pour montrer le consensus qui a aboutit à la protection de la santé et la sécurité matérielle. Qu’importe pour lui ce qui a pu se passer avant la guerre, en 1928, 30 ou 36 par exemple. Car sans ces mesures, le CNR n’aurait pas pensé à la sécurité sociale.

Non, le modèle social date de la fin du conflit mondial et il se pose en protecteur des valeurs de la nation. J’en vois tousser à ces mots lorsque l’on se remémore les 4 années passées et même avant. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il utilise cette figure de style après Jaurès, Blum…Le comble est atteint avec « Faut-il rappeler que dans notre pays, nous ne laissons pas au bord du chemin ceux qui sont frappés par la maladie, par l’âge, par la dépendance ou par le handicap ? » Tiens, il me semble pourtant que les mesures promises ont été reportées et que les actes du premier ministre ne plaident pas dans le même sens. La figure de style consiste surtout à s’approprier des décisions antérieures à son exercice comme le fait qu’ « on ne perd pas sa couverture maladie quand on perd son emploi », « on ne perd pas sa retraite par le fait des errements de la finance internationale ». Par exemple, la CMU est une oeuvre du gouvernement Jospin. Tout cela est volontaire car l’artifice est, tout en apparaissant comme protecteur, de dire que ce sont les autres, les lâches qui n’ont pas réformé pendant tout ce temps. Nous avons échappé à des métaphores et des images du genre : l’arbre que l’on a regardé mourir et que l’on doit abattre pour sauver la forêt, le mouton malade qui condamne le troupeau et j’en passe. Les coupables seraient donc « ceux qui pendant des décennies ont bien soigneusement dissimulé aux Français qu’ils finançaient leur système de protection sociale à coup de déficit et à coup de dette ». Des décénies? Mais combien? Ah il précise que ce sont les années 80 surtout. Tiens, bizarre, la dette a bondit à partir de 1975 sous Valery Giscard D’estaing et avec des décisions malheureuses dès 1973. La courbe de la dette montre en effet que les phases où elle est a le plus progressé ont été sous des gouvernements de ….droite.

Heureusement, le preux chevalier Sarkozy est là, braves gens : « Avec la réforme des retraites de 2010, et les efforts de tous les Français, nous avons voulu sauver la branche vieillesse de la Sécurité sociale. » Et il nous ressert son vieil argument : « Ceux qui refusent la réforme des retraites sont prêts à détruire un acquis social majeur. » Pourtant, en l’accélérant, n’est-ce pas déjà un constat d’échec ? Mais au moins peut on lui reconnaître cette vérité :  » les retraités français ont été davantage préservés et protégés que partout ailleurs en Europe. » Car le président Sarkozy rappelle à juste titre que notre système est un des plus généreux et efficace au monde. Et c’est la valse des chiffres, pour montrer notre particularité. En matraquant ces idées, le fait que la France soit un état providence, il se drape dans le costume du bon samaritain.

A ce moment, le discours bascule à travers une expression : « l’adapter aux réalités de notre monde. » Il se fait chantre de la réforme face à l’immobilisme, confondant quantité avec qualité. Car des réformes, il y en a ailleurs, il y en a eu ici mais des bonnes réformes, combien y en a-t-il eu pendant ces 4 ans, ou même pendant son passage à Bercy?

Il reprend l’argument de l’espérance de vie : 16 ans de gagnés depuis la libération. Et avec cela, une évolution du nombre de côtisants. Oui, c’est vrai, tout comme entre 1900 et 1945, l’espérance de vie a aussi fait un bon de 16 ans et pourtant on a institué des règles sur la retraite dès 1910 puis dans les années 30 avec des possibilités de départ à 60 ans mais dans des conditions moins favorables, il est vrai. Le Conseil de la Résistance reviendra en partie sur cet age mais changera aussi le fonctionnement de la retraite.

Tout cela pour l’amener à dire qu’il ne sera pas « le défenseur d’organisations corporatistes ou de faux acquis. » Parle-t-il de ceux des sénateurs, des députés, des ministres? Ah non, bien sur, il parle des fonctionnaires, de la RATP, la SNCF et j’en passe de ces régimes spéciaux acquis parfois dans le sang mais qui n’ont pas tout un sens avec les évolutions technologiques. Quel paradoxe de parler de solidarité et de montrer du doigt une catégorie. Le chantage continue en disant que c’est cela qui crée des « délocalisations » et des « perte d’emplois. » Bizarre, il me semblait que c’était la non adaptation de notre industrie au marché, l’immobilisme de certains secteurs, justement, le manque de vision industrielle de nos politiques. Ah, il en profite pour taper sur le sénat de majorité de gauche, déjà responsable de pourrir de saines réformes. Les malades pourront témoiger de l’efficacité de la réforme de l’hôpital dont il se glorifie : Ils sont tellement recentrés sur des missions, qu’ils en ont laissé beaucoup en route, faute de moyens.

Il oublie son implication dans le scandale du Mediator lorsqu’il parle politique du médicament. Il oublie certainement la loi Beregovoy de 1982, de Dufoix en 1985, Seguin en 1986, Bianco en 1991, cette dernière aboutissant à l’abandon de 191 médicaments et au déremboursement de 124 autres.

Mais Sarkozy s’affiche comme l’homme du RSA.  Est-ce vraiment un progrès par rapport au RMI de Rocard? Homme de l’emploi des séniors? Il n’a fait qu’augmenter le chômage de cette catégorie de manière vertigineuse. Ah oui, on vient de dépasser la moyenne Européenne : c’est dire l’état de l’Europe, surtout si l’on ne compare pas les même classes d’age du fit d’un age de la retraite différent.

Le président s’attaque alors à la Fraude, responsable de tous les maux. C’est une trahison, des français, de 1945, de la Résistance. Mais quelle fraude? Celle de l’arrêt de travail d’abord, puis des allocations familiales. Là on entre dans le domaine de la suspicion : Tu as un arrêt maladie? Mais tu dois peut être frauder! Tu es « basané » et tu touches des allocs : Fraudeur en puissance. Ce n’est pas dit mais pensé très fort et , hasard, on lit sensiblement la même chose du coté du Front National. Oui, il y a de la fraude, c’est vrai mais rien de commun avec les évasions fiscales, les fraudes à l’URSSAF, les travailleurs clandestins du BTP qui représentent au moins 10 fois les fraudes à la carte vitale.

Seul vérité dans cet embrouiamini : La nécessité d’une interconnexion des fichiers entre administrations. Un sacré serpent de mer. Et pour mieux faire passer tout cela, on ne manque pas de flatter le personnel des CAF, voir de Pôle Emploi, justement en grève ce jour là.

Si la fin du discours peut paraître s’adresser aux français, il n’en est rien. Car la phrase « Seul un pays qui maîtrise ses finances peut demeurer souverain » résonne bizarrement avec les gouvernement Grecs et Italiens. Il faut communiquer sur la volonté de l’état de maîtriser ses dépenses même si dans les faits, ce ne sont que des virgules de la dette qui disparaissent. Et d’y aller d’un exemple étonnant : « Nous avons pu tenir l’objectif national de dépenses d’assurance maladie pour 2010 ; c’est la première fois depuis 1997, que cela se produit dans notre pays.  » Cet objectif été crée justement en ….1997. Sauf qu’un objectif, cela s’ajuste mais cela ne sous entend pas l’équilibre budgétaire. La courbe suivante n’a pas du tout le même sens.

A quoi bon comparer la France avec la Grèce, le Portugal, pour justifier les mesures. Le coût du travail français serait aussi responsable de tout. Pourtant le salaire moyen allemand est plus élevé. (source : http://www.insee.fr/fr/indicateurs/ind109/20100628/FR-ALL_2009.pdf)

Et afin de caser certaines personnes méritantes, il crée le  Haut Conseil du Financement de la protection sociale, qui associera les partenaires sociaux. Etrange, cela ressemble à du déjà vu!

En réitérant son appel au général de Gaulle, Nicolas Sarkozy vise surtout à regrouper son camp derrière lui, à flatter la droite populaire et sociale, le gaullisme humaniste et même le centrisme. Pourtant, avec de tels arrangements avec l’histoire et les chiffres, le discours de Bordeaux montre le non sens de cette politique, bien plus conservatrice que réformiste. Isaac Asimov disait « Souvent les gens prennent leurs propres lacunes pour celles de la société qui les entoure, et cherchent à réformer ladite société parce qu’ils sont incapables de se réformer eux-mêmes. »

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