diaspora

France : EPR = Avenir ?


François Hollande déclarait le 7 Novembre qu’il ne voulait pas arréter le réacteur EPR, parlant d’avenir, avant qu’il y ait le fameux accord avec EELV. Mais justement, l’EPR est il vraiment une solution d’avenir?

L’EPR signifie European Pressured Reactor, soit réacteur pressurisé Européen. Après l’échec des surgénérateurs, c’est le nouveau modèle choisi par Areva. Il s’agit en fait d’une évolution des reacteurs franco-allemand, dits réacteurs à eau-pressurisé. Il en existera 4 : Un en France, un en Finlande, et deux en Chine.

L’EPR est, en théorie, plus puissant avec 1600MW (à peine plus de 10% que la génération actuelle) mais les dernières avancées de Flamanville laisse penser que cette valeur a été surestimée. Autre problème, le coût de construction, d’abord estimé à 3,6 Milliards d’Euros, est passé à 6 Milliards d’Euros, comme en Finlande. Ce dernier chantier, le plus avancé, a connu un retard de plus de 3 ans et ne sera lancé qu’en 2014…si tout va bien. Car de nombreuses malfaçons ont été relevées par l’autorité nucléaire finlandaise…tout comme les premiers contrôles en France ont pu aussi le montrer. En réalité, il semble qu’Areva soit déficient en terme de maître d’ouvrage, ayant des difficultés à gérer ses maîtres d’oeuvres, comme Bouygues par exemple.

Ces coûts exponentiels rendent le MW particulièrement plus cher que prévu. Mais il devrait être compensé par l’utilisation du fameux MOX, ou multi Oxyde enrichi, produit par Areva à la Hague, toute proche de Flamanville. Problème, ce composé est beaucoup plus dangereux et radioactif que le plutonium ou l’Uranium habituel. Autre centre de production,  le tristement célèbre site de Marcoule. Car le risque n’est pas seulement dans la centrale mais dans les sites capables de l’alimenter en combustible. Autre source de risque, même si la sécurité est supposée meilleure, le recours à la sous-traitance. Sur une installation nouvelle, il est nécessaire de former les personnels à de nouvelles pratiques. C’est justement le maillon faible de la production nucléaire française, dont on essaye de diminuer sans arrêt les coûts de maintenance. Combien entend-on d’anecdotes à faire froid dans le dos dans le milieu du nucléaire chez EDF.

Mais comme l’EPR de Flamanville est prévu de ne fonctionner qu’au MOX, bien qu’il soit possible aussi d’utiliser de l’Uranium, plus cher, personne ne parle du retraitement du MOX. Tout simplement parce qu’il n’est pas prévu ! On estime le refroidissement à 50ans (on en a vu l’exemple à Fukushima) et son traitement (testé à La Hague) est beaucoup plus coûteux, ce qui ne pénalise pas directement le coût du MW mais le coût de l’énergie. Areva a trouvé une solution avec son partenaire le CEA, avec le projet ASTRID, visant à utiliser le MOX usagé. Mais si Astrid utilisera l’argent du grand emprunt, aucune certitude sur l’avenir de cette filière n’est avancée. C’est donc une fuite en avant qui s’opère.

Au final, la filière EPR, avec tout ce qu’elle implique dans le retraitement des déchêts, l’enfouissement et les projets de 4ème génération, est une énergie extrèmement coûteuse par rapport à des énergies comme la biomasse, l’énergie marémotrice ou le solaire qui ne sont qu’à leur balbutiement, compte tenu des investissements en recherche. Par rapport au nombre de personnes vivant de cette filière, il y a lieu de se poser des questions sur l’avenir de cet investissement. Et arrêter l’EPR alors qu’il n’est pas trop tard, reste une moins mauvaise solution que de se lancer dans un engrenage fatal, surtout que la reconversion du site est possible. Les investissements pourraient enfin se repositionner sur les économies d’énergies des habitations, parent pauvre de la politique environnementale française.

Enfin, si l’on parle d’indépendance énergétique, et si le MOX est avancé comme solution, il ne faut pas oublier que l’Uranium est produit à l’étranger, principalement en Australie, Canada, Russie, Namibie, Niger ou Kazakhstan. Et il faudra bien trouvé de la place pour enfouir le MOX. Bizarrement, les élus pro-nucléaires, ne sont plus clients pour cette activité dans leur circonscription!

PS : cet article a été écrit par une personne « élevée au nucléaire », ayant travaillé dans des laboratoires liés à l’activité nucléaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s