Syrie, Gaza : La France hors de son rôle


En annoncant une reconnaissance de la rébelion syrienne, la France suit servilement la position anglo-saxonne et des pays sunnites et sort de son rôle traditionnel de neutralité dans les conflits du moyen-orient. Sa position sur la Bande de Gaza est aussi en évolution. Quels sont les dangers pour la diplomatie Française?

La France a déjà participé à la première guerre du Koweit sous l’ère Mitterrand. Le président Chirac a refusé la participation de la France au second conflit qui a destitué Sadam Hussein. Mais ensuite, l’atlantisme de Nicolas Sarkozy (et peut être un peu d’égo …) a envoyé la France participer à la chute du régime Lybien. Bien que le conflit syrien soit différent, il comporte pourtant bien des similitudes avec la Lybie. Nous ne sommes en effet pas dans un pays réparti en tribus qu’une dictature est parvenue à maintenir en cohésion, au moins de façade. Ici, ce sont différentes mouvances religieuses qui s’expriment avec essentiellement la mouvance sunnite soutenue par les deux principaux acteurs de la zone, le Quatar et l’Arabie Saoudite. Paradoxalement, ces milices parlent déjà dans leurs discours de la destitution future des régimes jordaniens, quataris et saoudiens.

Le pouvoir chiite alaouite qui ne représente qu’une minorité, est bien isolé même dans la communauté chiite au sens large. La corruption, la brutalité de cet état policier ont eu raison des liens fraternels ancestraux et beaucoup des communautés kurdes, chrétiennes, druzes et même sunnites se retrouvent maintenant entre deux feux. Ajoutez à cela la brutalité de ces milices de la résistances formées d’anciens militaires qui appliquent les même méthodes qu’avant (torture, assassinats…) , mais aussi celle de mercenaires en provenance du Pakistan, d’Afghanistan et de quelques pays d’Europe (l’Angleterre semble fournir un contingent clandestin conséquent d’après différents reporters présents sur place – voir par exemple le numéro de novembre de Polka Magazine ). Ce ne sont pas des tribus mais des milices rivales qui se retrouvent à combattre un ennemi commun mais qui demain, en cas de victoire, pourraient déchirer ce pays autrefois prospère. L’effet domino d’une telle guerre civile n’est pas encore calculable mais si l’on prend en compte le soutien du Hezbollah libanais au régime syrien, le soutien de l’Iran, il y a tout lieu de penser que le conflit aurait des propagations sur les pays frontaliers.

Une semaine après la visite en France du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, ce revirement du président de la République peut paraître curieux. Autrefois leader dans la diplomatie, impulsant des accords entre les partis en présence, la France se voit reléguer au rang de spectateur. Pendant ce temps, Israel bombarde en toute impunité (le conseil de sécurité a été réuni en urgence pour tenter une conciliation) la bande de Gaza, causant la mort de 14 enfants et de nombreux civils. Tout cela se fait en représailles à des missiles du Hamas qui n’ont pourtant fait aucune victimes, du fait même de leur archaisme et d’une part de « chance », eux même en représailles à des assassinats de militants/terroristes, etc…. Face à cela la frappe de Tsahal apparaît disproportionnée bien que typique de la politique actuelle de l’état d’Israel, pourtant fortement critiquée par l’opinion publique du pays (voir notamment les articles du journal israélien Haaretz ces derniers jours). L’opération « plomb durci » de 2008-2009 avait fait près de 1500 morts coté palestinien contre 13 coté israélien.

Un enfant tué par les bombardements à Gaza

Face à ces deux massacres de populations civiles avec des camps inconciliables, le choix de la politique étrangère française apparaît dangereux dans un contexte où le siège permanent de notre pays au conseil de sécurité est même remis en cause. Les diplomaties chinoise et russe pèsent de l’autre coté de la balance avec leurs alliés traditionnels que sont l’Iran et la Syrie. Entre les deux, les pays nordiques perpétuent leur tradition de neutralité et de médiation. Qu’il semble loin le temps où des conférences de paix avaient lieu à Paris. Soutenir un camp ou le reconnaître revient à perpétuer un conflit dans tout ce qu’il a de meurtrier. Face à deux massacres de populations, la diplomatie devrait amener à condamner sans conditions ces actes barbares. Finalement, la diplomatie française semble bien sous la même influence que lors du précédent quinquennat, faisant avaler beaucoup de couleuvres aux personnels du Quai d’Orsay.

Advertisements

2 réflexions sur “Syrie, Gaza : La France hors de son rôle

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s