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France : Les Voeux d’Hollande décryptés


Comme chaque année, le Président de la république s’est livré à l’exercice des voeux. Mais c’était une première pour Francois Hollande, président du « changement ». Que peut-on tirer de cela, en dehors de tout  aspect partisan ?

Sur la forme, nous pouvons remarquer que François Hollande a adopté une posture proche du meeting, debout derrière un pupitre bien visible au début avant que le cadre devienne plus resserré pour gommer la posture. Nous pouvons voir cela comme une transition entre le candidat et le président en exercice, une manière de se tenir debout face  la tempête, également. Mais la posture ne fait pas tout. Voyons maintenant le discours, disponible en intégralité sur le site de l‘Elysée.

En bon élève du cursus administratif français, François Hollande contextualise son discours en rappelant que le pays est en crise, que la dette et le chômage plombent la situation et que les français sont inquiets.Le choix des 2 thèmes travail et dette ne sont pas anodins, l’un concernant plus directement les français que l’autre, d’aspect plus macroéconomique et qui reste rabâché par tous les médias et politiques au pouvoir pour justifier une décision. La peur sert toujours à faire accepter le pire.

D’ailleurs, Hollande continue en parlant de la sauvegarde de la zone Euro, parlant d’un mécanisme de stabilité inédit comme si tout était réglé, ce même mécanisme qu’il critiquait avant son élection et qu’il prend soin de ne pas appelé par son nom en utilisant le terme « Instrument ». Il est pourtant bien trop tôt pour dire si cela fonctionnera et nous remarquerons le silence sur le peu de résultats montrés par les mesures appliquées en Italie, Grande Bretagne, Portugal ou Grèce et les mauvais signaux envoyés par l’économie Allemande pour 2013.

La syntaxe est également importante avec la reprise du mot « confiance », confiance en 2 catégories : entrepreneurs et salariés. Doit-on noter l’ordre de la phrase ? Il parle ensuite de devoir; devoir que le pays avance et que la jeunesse retrouve espoir. On peut comprendre avance comme « avenir » car la jeunesse est l’avenir d’une nation, dit-on. Elle est aussi une des catégories les plus touchée par le chômage, avec les seniors. Et le reste alors ? Sont-ils les salariés, ou bien encore ignorés dans cette phrase qui divise les français en catégorie. C’est pourtant une habitude chez nos politiques de miser sur la jeunesse, d’utiliser ce vocable à outrance, misant aussi sur les  parents inquiets pour leurs enfants…. la peur, toujours.

Afin de répondre aux critiques, le président utilise le JE mais cite aussi son premier ministre pour donner 3 décisions prises. Rétablissement des comptes publics : Des mesures régleraient le sujet mais il est bien trop tôt pour en juger. C’est encore une manière d’insister sur la dette et de justifier des efforts en rappelant que l’état serait économe. Pourtant, aucun exemple ne vient étayer ce dernier point. Ensuite vient le pacte de « compétitivité », mot mis à toutes les sauces et qui, via un maigre crédit d’impôts de 20 milliards pour les seules entreprises (remarquez le manque de distinction entre grandes et petites), doit permettre d’embaucher, d’investir et d’exporter, tout ça dès 2013. L’ordre des termes peut surprendre car il est rare qu’une entreprise embauche sans avoir réussi à exporter un minimum après un investissement. Enfin, le troisième point (maîtrise de la finance) en regroupe plusieurs avec la banque d’investissement (nouvelle version d’Oseo) qui doit justement permettre aux entreprises d’investir, ainsi qu’une loi bancaire (admise comme plus timide qu’en Angleterre) qui doit éviter la spéculation. La dette revient à nouveau sans que le président ne rappelle la raison de l’explosion de cette dette via des placements dits toxiques qui auraient du être supprimés ou renégociés, au pire.

Semblant de mea-culpa du président avec la phrase qui dit que la marche en avant a eu des contre-temps. Mais il parle d’un calendrier pour sortir « au plus vite, au plus fort ». Étrange quand on repense au fameux calendrier de la première année, diffusé pendant la campagne du candidat et qui semble oublié, ou dont les priorités n’ont rien à voir avec la sortie de crise (mariage pour tous par exemple). Ce mea-culpa sonne donc faut et tient plus de la mise en scène pour faire admettre le « plus fort » des sacrifices.

Le président utilise le terme justice par 2 fois : Justice fiscale avec selon lui une uniformisation entre les revenus du capital et du travail. Dans la réalité, ce n’est pas si simple même si une avancée a été faite dans ce sens. Si la réforme devrait toucher des ménages riches, elle touche aussi des épargnants de la classe moyenne dont les marges de manœuvre concernant l’épargne sont moins importantes que des riches pouvant bénéficier de niches ou de techniques d’investissement plus sophistiquées. Justice sociale avec l’augmentation du Smic et du RSA… Si le RSA a eu un coup de pouce, le Smic n’en a pas et suit la réglementation en vigueur. Au final, des titulaires du RSA préféreront encore le conserver plutôt que d’accepter un petit boulot sous-payé qui leur ferait perdre de ce « pouvoir d’achat », grand oublié du discours. Justice entre les générations : curieusement, Hollande ne parle que des jeunes qui bénéficieraient d’enseignants plus nombreux et mieux formés, comme si c’était la seule solution. Mais quid des programmes et orientations inadaptés au monde du travail ? quid du monde de l’enseignement qui ne bénéficie pas des formations nécessaires pour être en phase avec ce monde ? La réflexion concernant le monde éducatif paraît bien faible et ne sort pas des schémas habituels droite-gauche (plus ou moins de profs).

2013 serait l’année où le redressement engagé en 2012 réussit…enfin. Attention, cette fois c’est « coûte que coûte »? Mais cela coûte à qui alors que l’on nous parle d’économie et de dette ? 150 000 emplois d’avenir mais dans quels secteurs ? Pas de précision après 1 an que cette décision a été avancée par le candidat Hollande. Contrats de génération pour faire bénéficier le jeune de l’expérience d’un sénior alors que justement le jeune est embauché non pour remplacer le senior mais pour faire évoluer l’entreprise dans un secteur qui change et où justement l’entreprise manque d’expérience. Une formation professionnelle réformée pour prioriser vers les chômeurs….Encore heureux, mais vers quoi, comment et par qui ? Enfin on parle d’une négociation pour la « sécurisation de l’emploi ». Est-ce un mot pour dire réforme du CDI ? Cette formule digne d’un énarque loin du monde du travail fait plus pour inquiéter que pour rassure, à bien y réfléchir.

Le président résume dans une phrase lourde de sens : tout pour l’emploi, la compétitivité et la croissance. Pourtant, ces termes sont interdépendants tout en n’ayant pas la capacité d’arriver aussi tôt les uns que les autres : la compétitivité ne se retrouve pas aussi vite après des décennies de fausses routes et d’atermoiements.

Aussi le président précise, ou croit le faire en nommant des filières : industrielles et agricoles, dans le logement, dans l’environnement, dans la santé, dans la recherche, dans les nouvelles technologies.Rien que le premier terme montre l’étendue du problème : L’industrie est disparate, complexe, faite de grandes mais aussi de petites entreprises. Elle peut toucher le textile de confection comme celui utilisé dans l’automobile. Regrouper cela en un terme est comme ne rien indiquer ou donner l’impression d’ignorance de la réalité. Les termes utilisés deviennent des lieux communs et « environnement » sonnera particulièrement faux avec le projet de Notre Dame des Landes. Etonnant de constater l’absence de chiffres et d’exemple quand on le sait que c’est ce que l’on enseigne dans les basiques de la communication.

Mais pour aller plus loin, Hollande précise qu’il a « demandé au gouvernement de proposer une stratégie d’investissements publics comme privés pour moderniser la France à l’horizon 2020 ».Cela veut dire que rien n’est fait : Donc le redressement en 2013 se base sur…. quelque chose qui n’existe pas encore en Janvier 2013 alors que cela demande un minimum de temps.

Hollande termine son discours sur l’idée d ‘égalité et de liberté : égalité des droits avec le mariage pour tous mais une égalité qui attend encore du concret en terme de loi depuis déjà 3 mois. Égalité sur le non-cumul des mandats dont on se demande ce qui empêche une application plus rapide sinon le risque de perdre des soutiens de barons dans une majorité affaiblie. Il confirme l’abandon du vote des étrangers en ne citant pas ce point, pourtant autre mesure dite d’égalité, dans sa campagne.

Le président aborde enfin la politique internationale pour conclure en citant une autre promesse : « toutes nos forces combattantes (en Afghanistan) sont rentrées à Noël ». Notez le « combattantes » qui fait une différence car la promesse initiale ne faisait pas la différence entre les forces combattantes et les forces d’accompagnement et de formation stationnées sur place en Afghanistan. Le président rappelle aussi que « la France soutient en Syrie l’opposition à la dictature », sans préciser encore que l’opposition à cette dictature peut très bien représenter une autre dictature, faute de cohésion et de lisibilité. Il ne précise pas, d’ailleurs, si le soutien est dans les paroles ou dans la fourniture d’armes dont on sait que la France est un des premiers pays producteurs au monde.

Dernier point sur la politique internationale avec « au Mali, les peuples africains dans leur lutte contre la menace terroriste. ». Le lecteur aura noté l’opposition entre « Mali », pays reconnu et « Les peuples africains » comme si le Mali était constitué de différents peuples, indéfinis et réunis sous le vocable « africain ». Curieux amalgame où l’on peut lire en filigrane le fait que les africains doivent régler par eux même ce problème malien pendant que la France intervient militairement en Centrafrique pour « protéger » ses ressortissants. Mais la tournure est si maladroite qu’il ressort encore une vision de l’Afrique comme une entité mal définie et un pays du terrorisme.

La réelle conclusion de ce discours est consacré à la fraternité (mot oublié du discours) sans que le mot soit cité. En opposition avec son prédécesseur, il se veut rassembleur et rappelle qu’il n’y a pas d’ « assistés » mais des « citoyens, un moment meurtris par la vie ». Toutefois, en insistant sur ce fait, il peut donner l’impression qu’il y a plusieurs catégories de citoyens. la formule « une grande Nation comme la nôtre à être capable de conjuguer compétitivité et solidarité. Performance et protection. Réussite et partage. » rappelle qu’il y aurait donc opposition entre compétitivité et solidarité, performance et protection, réussite et partage mais que cela doit pourtant être conjugué. Le rappel du terme « compétitivité » est encore symptomatique d’une volonté qui ne trouve pas d’écho dans des décisions claires.

François Hollande se veut le président d’une « France réconciliée » mais semble ne pas savoir comment la réconcilier derrière des formules que n’auraient pas reniées ses prédécesseurs. Réconciliation alors justement que la France semble se diviser autour de Notre Dame des Landes et sa violente répression, du « Mariage pour tous » ou encore des expulsions de « roms » et autres « sans-papier », toujours aussi promptes (un jeune Afghan en France depuis 8 ans et travaillant a été expulsé baillonné et ligotté pendant le discours) malgré le changement de gouvernement. En dehors de quelques points particuliers, la même volonté de faire un pays compétitif et de croire en un retour de la croissance et de l’emploi fait de ces voeux un prolongement de 20 ans de voeux présidentiels. Ce discours policé, sans surprise manque de précision mais il en va ainsi de cet exercice plus formel qu’autre chose.
Cette France réconciliée et qui irait de l’avant peine à trouver un panache blanc à laquelle se rallier, dans ce discours. La mine sombre, faussement décidée, le ton vif d’Hollande peinait à convaincre au delà des mots. Nous ne pouvons que souhaiter pourtant que le pays soit enfin réconcilié et aille de l’avant, avec ou sans voeux présidentiels.

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