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France : Rémunération au mérite des enseignants, à quand un débat de fond et de fonds ?


La Cour des comptes, dans son dernier rapport consacré à l’enseignement, préconise de recourir à la rémunération au mérite pour les enseignants. Une révolution. C’est pourtant une demande épaulée par nombre de nos concitoyens. Elle revient également de loin en loin dans la bouche de certains services de l’administration et autres réformateurs. Sans pour autant que cela débouche ni sur un débat ni une ferme décision.

État des lieux

Actuellement, les avancements des professeurs se fondent sur des systèmes de cumuls de points, dont des évaluations par des inspecteurs. Tous les élèves se souviennent d’en avoir vu un jour ou l’autre au fond de la classe, notant et observant dans le plus grand silence un enseignant anxieux et anormalement sympathique. Difficile évaluation sur la foi d’un expert parfois très détaché de la réalité du terrain et au service de programmes pas toujours en harmonie avec les besoins d’une société en pleine évolution. Dans le monde de l’entreprise, l’appréciation est autre. Les avancements sont en lien avec des évaluations annuelles productives (des performances en fonction d’indicateurs) ou comportementales (selon des barèmes parfois incompréhensibles aux managers des ressources humaines). Reste que dans le fonctionnariat comme dans l’entreprise, l’élément « personnel » entre en ligne de compte. Les relations humaines ou clientélistes jouent un rôle non négligeable. C’est une certitude, l’avancement est souvent détaché du seul mérite.

Mesurer la performance

  • Peut-on mesurer les performances des enseignants ? Selon quels critères en amont et en aval ? En amont, comment mesure-t-on une vocation et des compétences en devenir ? En aval, doit-on prendre pour indicateur le taux de passage en classe supérieure ? Conséquence inévitable : un abaissement du niveau requis afin de gonfler les résultats.
  • Doit-on prendre la moyenne obtenue par les élèves sur l’année ? Conséquence inévitable : des modulations de la notation et des exercices simplifiés ?
  • Doit-on examiner si le programme a été appliqué tel une check-list ? Conséquence inévitable : aucune certitude sur la mémorisation réelle des contenus transmis.
  • Doit-on laisser à chaque établissement le soin d’autoévaluer son personnel ? Conséquence inévitable : regroupements polaires, baronnies, effets de pressions, clientélisme, tensions, guerres intestines.
  • Doit-on évaluer de manière uniforme chaque classe si le travail a été accompli ? Conséquence inévitable : des disparités entre les niveaux des établissements et des niveaux hétérogènes chez des élèves aux origines diverses.
  • Doit-on créer une instance de supervision entre la direction, les enseignants et les élèves ? Conséquence inévitable : une instance de jugement en plus, des tensions en plus. Quant aux élèves qui souhaitent noter leurs professeurs, la large majorité ne possède ni la maturité ni la compréhension des contraintes que subissent les enseignants. Quant aux parents d’élèves et associations y relatives, ce sont des relais d’information et d’appréciation souvent biaisés… Etc., etc.

Production et optimisation, moyens et besoins

À noter que toutes ces questions, qui nous semblent aller de soi, ne sont pas abordées dans le rapport de la Cour des Comptes qui se borne à une analyse comptable. Cela étant, la Cour a raison de pointer la mauvaise répartition des moyens budgétaires en fonction des besoins concrets aussi bien du monde de l’éducation que de celui du travail. La performance dans les entreprises est mesurée en fonction d’une production, l’école et l’enseignement national éduquent de futurs diplômés, autrement dit des personnes censées intégrer le monde du travail. Deux types de « production », on le reconnaîtra, bien différents…Mais qui sont liés l’une à l’autre.

Mais en France, la pensée idéologique fonctionne ainsi. Dis-moi quelle société tu veux, je te dirai quelle éducation prodiguer. Dis-moi ta vision de l’homme et de l’éducation, je te dirai à quelle société tu t’opposes. Prise dans cette contradiction sociétale grandissante et le refus de se réformer, l’éducation nationale républicaine semble vouée à aller de crise en crise.

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