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France : Hollande vous souhaite Bienvenue en Technocratie !


Habituellement, les conférences de presse du président de la République française accouchent d’une souris et il est inutile de les commenter. Est-ce différent pour celle d’hier ? Oui et non. (Sorry, for english speaking people, this article is only for France)

Non, car le « virage libéral » de François Hollande n’est guère une surprise pour qui suit la carrière de cet homme..ce qui n’en fait pas un virage. Oui car la surprise vient plus de la forme et la manière, de plus en plus éloignée de l’austérité et de la normalité affichée depuis, le discours du Bourget, si l’on se réfère à ce marqueur brandit par le président lui même.

Comme nous l’avons vu, la symbolique est importante en politique. Il en est ainsi de la mise en scène d’une conférence de presse. Cette estrade dorée dressée devant 600 journalistes avec les ministres sur le coté comme une cour d’un monarque, cette arrivée seule dans une longue perspective, …. Nous sommes toujours dans la monarchie et il est intéressant de voir que ce retour en monarchie avait été observé aussi chez Nicolas Sarkozy au bout de la même période, après une tentative de dépoussiérage de l’exercice. Vient ensuite cette impression d’une presse servile avec un porte parole désigné, faisant presque la révérence. S’il n’y avait eu cette insistance à avoir des nouvelles d’ordre privée, il n’y a pas eu de questions à caractère polémique, malgré un discours préalable qui en donnait la possibilité.

Le Discours

Car ce discours d’une vingtaine de minutes a montré une utilisation exagéré des anaphores, ces débuts de phrase répétés. Cela avait marqué avec les « Moi, président…. » contre Nicolas Sarkozy, mais ici, c’est l’inverse. C’est une hyper personnalisation de la présidence qui fait oublier l’équipe gouvernementale, muette et aux sourires timides voir absents. Et puis il y a ces éléments de langages récurrents que l’on n’imaginait pas dans la bouche d’un président « de gauche ». L’entreprise devient la pierre angulaire et avec elle, les charges ! Pas les cotisations sociales, qui sous-entendent notre excellence dans ce domaine, même si elle décline, mais la charge comme poids inutile dont on doit se débarasser pour être « compétitif ». Si l’entreprise semblait le parent pauvre, jusqu’ici, s’il est normal de lui redonner sa place dans l’économie, la vision macro donnée hier ne risque pas de favoriser les TPE et l’artisanat. La politique de l’offre, proclamée enfin ouvertement, laisse pantois tant elle est associée au Reaganisme.  L’Europe est abordée mais sous l’unique angle « Economique et financier », soit celui là même qui nous fait la détester. Pas d’Europe sociale, pas d’Europe des peuples, pas d’Europe diplomatique, pas d’Europe de la défense….Pas de fédéralisme non plus mais un couple franco-allemand, alors même que la situation actuelle provient de l’échec du duo.

France-Allemagne

Car si l’on peut se réjouir d’un rapprochement avec l’Allemagne en terme diplomatique, ce n’est pas le cas en terme économique, tant les deux pays ont une structure et des attentes différentes. Si le cas du salaire minimum a été cité pour montrer une convergence, la structure de l’entreprise est très différente. Le fédéralisme allemand et l’implication des länder dans l’économie en font un pays différent du notre. La place des TPE et PME y est bien plus large qu’en France. Énergétiquement, l’Allemagne a de l’avance sur l’éolien, mais dispose de peu de possibilité hydro électriques, traine encore de vieilles centrales à charbon pendant que nous avons misé massivement sur le nucléaire et n’a pas un potentiel solaire aussi fort que le notre, hélas peu exploité. S’agit-il alors de consolider ce couple pour s’opposer à un autre pôle d’influence en Europe ? Ou s’agit-il juste d’une posture pour rappeler le couple Mitterrand – Kohl ?

Le social ?

François Hollande est resté flou sur ce qu’il souhaitait prendre comme exemple en Allemagne. Il ne doit pas s’agir du volet social, tant les allemands se sont appauvris dans les classes ouvrières et les inégalités ont augmenté. Le social a été le grand absent du discours, surtout après l’annonce d’une disparition des cotisations familiales parmi les cotisations des entreprises. Comment seront financées les aides aux familles ? Mystère. Le volet éducation a été balayé d’un geste, remettant la question à la conférence du lendemain avec le ministre de l’éducation nationale. Le volet santé a été esquissé mais en remettant les déficits sur le médicament, les abus des usagers et la rentabilité de l’hopital, alors même que les hopitaux publics voient un basculement éhonté des médecins vers des régimes privés deux à trois fois plus couteux. Mais revenons un instant sur ce cadeau aux entreprises que sont le CICE et la fin des cotisations familiales.

Technocratie

Un comité de surveillance des contreparties va être institué. Les contreparties devraient être définies par branche, ce qui est la preuve de la vision utopique du monde de l’entreprise. Même le responsable de la CGPME, plutôt satisfait de cette conférence, avouait qu’il ne pouvait s’engager sur des chiffres d’embauches. Aucune branche ne le peut et un exemple en a été donné par la baisse de la TVA sur la restauration : Les contreparties n’étaient pas là et aucune sanction n’a été prise, si ce n’est un retour en arrière se soldant par une augmentation des prix. Le mot sanction n’a pas été prononcé. Qui contrôlera ? Des technocrates de la cour des comptes, de l’Insee, du ministère du travail ? Ils sont déjà surchargés. Ce comité ne sera-t-il pas une sorte de gouvernement bis ? François Hollande montre encore une vision administrative et lourde de la vie économique, alors même que la commission sur la simplification va dans le bon sens. Mais la décentralisation voulue, les changements de régions, départements restent flous. S’agira-t-il encore de donner les branches pourries de l’état aux régions pour apurer les comptes ? Il faut le craindre.

Si le ton a été pugnace, le visage sévère, François Hollande a aussi montré un peu plus au grand jour sa politique « Blairienne » ou Social Démocrate (plutôt que le terme Social Libéral, mal vu en France), si l’on veut reprendre ce terme vide de sens. En bon élève de Jospin, il ne pouvait en être autrement, après la défaite de 2002 où beaucoup ont cru y voir la solution. Mais nous ne sommes plus en 1997 maintenant mais en 2014, dans une France en crise, en perte de confiance, une France divisée à qui il faut redonner confiance. Pas sur qu’en oubliant le social au profit de l’économique, sans vision stratégique de développement, cela puisse réussir. Le courage politique n’est toujours pas là (il ne l’est pas plus dans l’opposition de droite ou de gauche qui s’enferre dans les critiques sans avouer les convergences)  et il en reste une vision technocratique. On louvoie au centre, parfois à droite, très légèrement à gauche mais on ne s’écarte pas des chemins bien balisés. Bienvenue en Technocratie.

(And next Tuesday, We’ll speak about somewhere else in the world but not in France anymore….)

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