Difficile de faire une chronique politique hebdomadaire à la première personne et pourtant je ne peux pas me dissocier de ce billet. En effet, moi comme d’autre, je change et j’observe aussi le changement d’autres personnes de mon entourage. Les militants dans la protection animale changent. Juan de Sarkofrance change et en a fait un excellent billet. Monsieur GdC en a aussi fait le sujet de 2 excellents billets, l’un sur Melenchon, l’autre (plus ancien) sur Etienne Chouard. Car on change pour passer parfois d’un extrême à l’autre ou simplement renier ce que l’on pronait dans sa jeunesse. De quoi s’intéresser à la dérive de la pensée politique.

Les Alain Madelin et Gérard Longuet étaient dans l’extrême-droite avant de se « ranger » dans l’UMP ou d’abord le parti républicain, refuge de nombreux anciens extrèmistes de droite. Julien Dray a commencé dans le communisme avant d’adhérer à des thèses plus libérales que l’on qualifiera de « sociales démocrates » dans notre bon pays. Le très libéral Manuel Baroso a commencé lui aussi dans le communisme maoiste. Les exemples ne manquent pas et on s’attardera aussi sur les plus virulents des extrémistes qui sont passés de l’antifascisme à des mouvements racistes ou xénophobes.
de la Colère au basculement
Interrogeons nous un moment sur la derive de certains « antifa » pendant que d’autres se sont rangés dans le socialisme ou le centrisme. Il y a peu, j’ai eu une discussion plus qu’animée avec deux vegans qui tout en militant pour les animaux et pour l’antispécisme avaient des phrases qui sentaient mauvais la xénophobie. Du doute au début, j’ai pu le vérifier peu à peu en les mettant en face de leur propos. En m’interrogeant moi même sur les colères que je peux ressentir envers ceux qui torturent des animaux, il ne m’est pas venu de haine envers tel pays, race ou religion. Mais parfois, il y a des mots, des idées qui viennent à l’esprit sous le coup de cette colère. On les regrette…. ou pas. C’est cette frontière que l’on peut tutoyer sous le coup qui peut sans doute nous faire basculer du mauvais coté, petit à petit. Tout ne se fait pas en une seule journée. Les rencontres, les discussions forgent aussi ces idées et vont nous pousser d’un coté ou de l’autre. Sans doute aurais-je une perception différente si j’avais eu des interlocuteurs et un entourage différent.
Prenons l’exemple d’Étienne Chouard. Voilà une personne qui s’est fait connaître lors du débat sur le Traité Constitutionnel Européen (TCE). Cela l’a donc amené à côtoyer des souverainistes, des libéraux, des communistes. Parmi ceux-ci, il y a des personnes qui flirtent avec des révisionnistes, ce que montre l’article de Gauchedecombat.net. Peut-on le qualifier de révisionniste lui même lorsqu’il a quelques commentaires élogieux envers un historien qui a lui même dérivé dans le conspirationnisme? Pas si évident mais le risque est bien présent de » basculer ». De ce fait, le personnage se retrouve face à des contradictions dans son discours et j’ai la même intuition que Mr GdC comme je l’ai eu au début de Dieudonné en politique pour d’autres raisons.
La Contradiction
Nous avons tous nos contradictions. Je connais les miennes : Par exemple, parler automobile tout en parlant écologie et environnement. Politiquement, j’en ai également comme n’importe qui. Si bien que je ne peux dire que je suis d’un parti plus que d’un autre, malgré quelques préférences marquées pour deux d’entre eux. Comme d’autres blogueurs, je garde une liberté et je conserve donc une vision critique, que d’autres ont fini par perdre (ils se reconnaîtrons s’ils arrivent jusqu’ici). Et pourtant je sais que, par moment, je vais perdre ce sens de la critique par exaltation. On peut rapprocher ce sentiment de l’amour qui nous fait faire des choses incohérentes. Le mot exact serait « passion ». Passion et colère sont liées puisque la Colère est elle même considérée comme une passion.
Du risque de la passion
Pour ce qui concerne la politique, la passion doit à la fois être présente pour aller de l’avant mais être aussi raisonnée. Il faut de la passion pour se lancer en politique, vaincre les obstacles et réaliser ses idéaux (qui peuvent être mauvais ou bons). Mais entre le moment qui nous a fait nous investir et celui où nous sommes enfin dans une position de pouvoir, que s’est-il passé? Qu’est devenue cette passion ? Elle a été modifiée, a diminué ou bien s’est retrouvée augmentée…vers le pouvoir qui est une passion car il nous attire. Nous voulons le conserver quand nous y prenons goût. Il nous pervertit si nous n’y prenons pas garde. Certains ont la sagesse de l’abandonner avant qu’il ne soit trop tard. D’autres s’y complaisent. Les luttes de pouvoir en Ukraine, en Thaïlande montrent aussi l’emprise de la passion. D’une lutte pour la liberté ou pour un monde un peu meilleur, les manifestants se retrouvent à coté d’extrémistes, de mouvements parfois racistes et peuvent eux aussi basculer vers quelque chose contre lequel il luttent au départ. Il peuvent aussi se retrouver à exercer un pouvoir dans une barricade, une place…et dériver.
A notre petit niveau, nous exerçons aussi des pouvoirs qu’ils soient hiérarchiques envers nos semblables dans le monde du travail ou bien familiaux et même envers nos compagnons animaux. Cette relation au pouvoir peut justement nous faire nous interroger sur nos propres passions. Et là vous vous dites que ce billet dérive (lui aussi) vers la philosophie…
Pause
Ce que je tente de faire comprendre, c’est qu’à travers nos changements et les dérives de la pensée politique, il faut souvent y voir une marque d’une implication passionnelle. Nos blessures nous font réagir avec passion. Je connais des personnes qui aimaient aider leur prochain et qui ont basculé dans le racisme à cause de quelques profiteurs qu’ils croient être une généralité dans une communauté. Ils se sont arrêtés là, à quelques (mauvaises) rencontres sans allez voir derrière. J’aurais pu aussi faire la même chose pour la protection animale et considérer telle ou telle communauté comme des tortionnaires en puissance. J’aurais pu penser que les français et les espagnols sont des tortionnaires avides de sang à cause de la corrida. J’aurais pu basculer lors d’une agression dans ma jeunesse…comme d’autres l’ont fait sans la subir. Et je ne l’ai pas fait sans comprendre forcément pourquoi? Mais ne le ferais je pas un jour ? Peut être la passion s’exprime-t-elle différemment chez chacun, ce qui explique que l’on peut être fanatique ou pas.
Je n’irai pas plus loin dans ce billet de réflexion qui mériterait bien plus qu’un blog. Je doute qu’il y ait une seule réponse à tout cela car nous sommes tous diverses et pourtant si semblables. Mais au moins, prenons le temps de faire parfois une véritable pause pour ne pas sombrer dans une passion malsaine, en politique ou ailleurs.
Pour ce qui est du reste de la politique française, et de l’actualité, je me contenterai de dire mon indignation sur le manque de courage politique de ce gouvernement. D’autres l’ont déjà exprimé par des mots. Mais je vous laisse surtout lire l’excellente chronique de Jérome Beltard (que Clémentine Autain a eu le bonheur de tweeter)….et la méditer.
– What happened to the passion? It was amended , decreased or ended up …
– Power struggles in Ukraine, Thailand also show the influence of passion. In a fight for freedom or for just better world , protesters find themselves in extremist side , sometimes racist movements and can also switch to something against which they struggled out.
– Our wounds make us react with passion.
– take the time to do some real break before falling into an unhealthy passion , in politics or elsewhere.
+
Frizz reply:
as a German, with focus on Immanuel Kant, I’m skeptic about enthusiasm. Cool reason was the method Kant tried to support – watching the French revolution with sympathy. But he was not the man to build barricades on the streets. He hoped, that information, words, would be better than swords (or modern: Molotow cocktails). I hope writing is a chance, great enough to support political change. In the times of internet connection…
It’s maybe because of my far german origins. I prefer words to swords too and to show that even with the distance, we can share thoughts.
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