liberté

Russie : Poutine or not Poutine


Non, ce n’est pas une envie de faire un régime qui me ferait me poser cette question lors d’un séjour dans la si accueillante belle province. Mais mon illustre collègue Juan m’a donné envie de ce billet imprévu. (in english at the bottom)

 

Comme lui, j’ai lu et entendu beaucoup de chose sur le dirigeant russe ces derniers temps. Comme pour la Chine, nous avons droit à une vision très binaire de la situation en Russie et dans la crise ukrainienne :

  • Pour certains, nous aurions un méchant Poutine, horrible dictateur sanguinaire qui voudrait conquérir l’Europe comme un Staline en son temps. Après l’Ukraine, qui sait s’il ne mangerait pas la Pologne, la Bulgarie ou la Hongrie. Il faudrait montrer les muscles et frapper militairement face à ce diktat.
  • Pour d’autres, Poutine n’est pas pire que d’autres dirigeants autoritaires. Il est surtout l’objet d’une désinformation éhontée de la part des médias pro OTAN/UE/USA. Il vaudrait mieux collaborer avec lui pour se libérer de l’Atlantisme actuel.
by World Eonomic Forum

Entre ces deux visions plutôt extrêmes, il n’y aurait plus de place pour plus de réalisme diplomatique. Toute personne sensée aura compris que la réalité est bien entre ces deux positions. L’augmentation rapide de la fortune de Poutine, l’élimination de certains opposants et les règlements des questions abkhazes et tchétchènes en dressent un portrait plus qu’autoritaire et pourtant bien dans la tradition russe, ce si vaste pays aux profils si différents. Pourtant, ses positions diplomatiques sur les cas irakiens, libyens étaient loin d’être insensées. Sur le cas Syrien et Ukrainien, il en va d’une défense d’intérêts stratégiques, à l’égal des nôtres en Afrique ou de ceux des États-Unis au Kurdistan en ce moment. Il ne faut pas oublier non plus les nombreuses manœuvres de l’OTAN en Europe de l’Est, les positionnements de batteries de missiles de plus en plus près de la Russie qui sont souvent passées sous silence et qui datent déjà de plusieurs décennies. On se demande à quoi cela peut servir d’ailleurs quand le danger n’est plus la guerre froide.

Poutine veut clairement redonner de l’éclat international à son pays. Ancien membre du KGB, il a connu la grandeur soviétique et en reste un nostalgique, comme beaucoup de russes. Après tout, ne sommes nous pas nous même nostalgiques de la grandeur de nos pays respectifs ? Dans un monde dont les équilibres se déplacent vers l’Asie, la Russie se retrouvait absente ou prise entre deux pôles. L’Union Européenne sombre maintenant dans une position suiviste et non plus comme leader. La Russie ne veut pas se résoudre à cela ni à suivre un futur géant chinois. Elle cherche donc à exister, comme les autres BRICS, par elle même et à défendre sa zone d’influence. Il en est de même avec la Chine et ses voisins et si on observe bien en Amérique du Sud, des pays tendent aussi à couper le cordon avec les Etats-Unis, avec plus ou moins de réussite. On pourra également citer la Turquie, dont le président Erdogan essaye lui aussi de se défaire des influences historiques de son pays et qui fait l’objet de beaucoup de désinformation également.

On peut effectivement continuer à idolâtrer Poutine ou bien le haïr et ne rien vouloir faire avec lui. Cela n’amènera rien de bon, et risque même de conduire à un conflit bien plus grave (n’oublions jamais 1914….). En Ukraine, la situation des civils des provinces de l’est est dramatique avec plus de 80 morts en 3 jours. Et tout ça dans une solution militaire soutenue par l’Europe et l’OTAN…. Qu’il parait loin le prix nobel de la paix. L’Ukraine reste entre les mains d’une mafia d’oligarque prête à dépecer encore un peu plus l’économie.

Mais on peut aussi avoir une position diplomatique plus indépendante et clairvoyante qui consiste à utiliser le support de la Russie sur des dossiers clés tout en s’affirmant en opposition face aux excès de cet « autocrate »* . Pour cela, il faudrait bâtir ce que tout le monde réclame mais n’ose faire : Une démocratie Européenne. Elle est urgente car de nombreux sujets peuvent amener une dislocation de cette union pour l’instant uniquement financière.

* ndlr : il n’en est pas un dans la définition originelle.

by Volna 80

No, it’s not a desire to go on a diet that would make me ask myself this question during a stay in Quebec. But my illustrious colleague Juan gave me the will to write this unexpected post.

Like him, I’ve read and heard a lot about the Russian leader in recent times. As for China, we are entitled to a very binary view of the situation in Russia and the Ukraine crisis:

  • For some, we would have a nasty Putin, an horrible bloodthirsty dictator who wants to conquer Europe as Stalin in his time. After Ukraine, who knows if he would not eat Poland, Bulgaria and Hungary.We should show the muscles and strike militarily to end this diktat.
  • For others, Putin is not worse than other authoritarian leaders. He is mainly the subject of blatant misinformation from the pro NATO / EU / USA media. It would be better to work with him to break free of the current Atlanticism.

Between these two rather extreme views, there would be  room for more diplomatic realism. Any reasonable person will understand that the reality is between these two positions. The rapid rise of the fortune of Putin, the elimination of some opponents and regulations Abkhazian and Chechen issues paint a portrait more authoritarian and yet well in the Russian tradition, this vast country with such different profiles. But diplomatic positions on Iraqi cases Libyan were far from foolish. On the Syrian and Ukrainian cases, it goes for a defense of strategic interests on a par with ours in Africa or those of the United States in Kurdistan right now. Do not forget the many NATO maneuvers in Eastern Europe, the positioning of missile batteries increasingly close to Russia that are often ignored and already done several decades ago. We wonder how useful it is when the danger is no longer the Cold War.

Putin clearly wants to restore international luster to his country. Former member of the KGB, he knew the Soviet grandeur and remains a nostalgic, like many Russians. After all, are  we not ourselves nostalgic for the greatness of our own countries? In a world whose balance is moving to Asia, Russia found itself missing or taken between two poles. The European Union is now in a dark follower position and not as leader. Russia does not want to solve it or to follow a Chinese giant of the future. It therefore seeks to exist, like the other BRICS, for itself and defend its area of ​​influence. It is the same with China and its neighbors and if we observe well in South America, countries also tend to cut the cord with the United States, with more or less success. We may also include Turkey, whose president Erdogan also tries to undo historical influences of his country and he had been a subject of a lot of misinformation as well.

You can actually continue to idolize Putin or hate him and but it won’t change many things. This will bring no good, and may even lead to a more serious conflict (never forget 1914 ….). In Ukraine, the situation of civilians in the eastern provinces is dramatic with over 80 dead in 3 days. And all this in a military solution supported  by Europe and NATO  …. The peace nobel prize seems far. Ukraine remains in the hands of a mafia of oligarchs ready to carve a little  the country more economy .

But we can also have a more independent and far-sighted diplomatic position,  using the support of Russia on key issues while arguing in opposition to the excesses of the « autocrat » *. To do this, we should build what everybody wants but does not dare to do: A European democracy. It is urgent because many issues can lead to a breakup of the union, existing for now only financial reasons.

*he’s not in the usual denomination

 

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