politique

France : #Jesuischarlie, et après


Si nous pouvons nous réjouir de voir autant de monde sous la banière #JeSuisCharlie à travers toutes les villes françaises (plus de 100 000 à Rennes dit-on ? ) , il ne faudrait pas perdre de vue la réalité. Qu’en sera-t-il donc après ?

(brouillon d’un editorial qui deviendra un article plus tard, une fois restructuré)

Une unité qui se fissure

Il faut d’abord dissocier le cas du journal Charlie Hebdo de la symbolique qu’ils ont représenté après les assassinats perpétrés le 7 Janvier 2015. Si autant de monde est descendu dans la rue, ce n’est pas vraiment pour défendre nos confrères mais plus pour des thèmes aussi variés qu’imprécis que la Liberté d’Expression, le Droit à la Caricature, La défense de la France, la résistance face à la Menace Terroriste, La Fraternité… S’il y a peu le gouvernement craignait un amalgame entre les protestations des bonnets rouges, de Sivens, de Notre Dame des Landes, la Manif pour tous, il a finalement été réalisé dans un sens positif. Mais ne nous y trompons pas, c’est bien parce qu’il y a peur que, par réflexe, la population s’est d’abord regroupée sous le choc de l’instant. Le Mouvement #JeSuisCharlie a perdu peu à peu de sa spontanéité et de son unité jusqu’à ce dimanche 11 Janvier. Déjà les messages sont devenus plus hétéroclytes, certains se réclamant d’Ahmed le policier, d’autres de la policière de Montrouge, d’autres encore de la France, des juifs, des musulmans, des athées. L’esprit même de Charlie Hebdo, pourtant déjà en fuite depuis 15 ans, n’est plus dans ces manifestations où l’on prie, où l’on chante un hymne guerrier, où l’on parle de Panthéon, d’Hommage national. L’unité affichée a aussi commencé à se fissurer lorsque l’on a commencé à dissocier certaines victimes des autres. Après le traumatisme, après le regroupement, le plus dur dans un tel choc est quand on se retrouve seul. Et notre pays est comme une victime d’attentat : Il va maintenant se retrouver sans suivi psychologique, sans entourage.

La récupération en marche

Ainsi, nous nous retrouvons vulnérables et influençables. Après quelques jours où le gouvernement pronait l’union nationale, voyant des manifestations spontanées, celui-ci a voulu récupérer le train en marche et être à l’initiative d’une manifestation de grande ampleur initiée d’abord par la « Gauche ». Et voilà que se sont retrouvés invités des dictateurs, des dirigeants autoritaires cibles de Charlie Hebdo par le passé (à noter que le premier caricaturiste assassiné dans le monde fut un Palestinien en 1987). Et voilà que se sont affichés à l’antenne ou au premier rang des manifestations des philosophes au discours clivant et même haineux, dont on peut penser qu’ils ne sont pas étrangers à l’endoctrinement indirect de ces terroristes. S’en est suivi un malaise et tout est devenu une grande séquence de communication télévisuelle (taisant au passage le massacre de centaines d’innocents perpétré par Boko Haram au Nigeria cette semaine) au lieu d’un moment de communion populaire. Ce malaise a fait alors ressurgir la colère autour de la politique, l’inquiétude face à la perte de puissance supposée du pays, face à un désordre. Même si certains y voient un espoir, il suffisait de tendre un peu l’oreille pour entendre aussi le ras-le-bol, pour voir poindre des discours racistes envers telle ou telle communauté, les musulmans étant hélas les plus visés. En marge des manifestations, plus de 15 lieux de cultes ont été visés par des dégradations plus ou moins grave durant les 3 derniers jours. Des Anonymous (chacun pouvant s’en revendiquer) ayant lancés des frappes aveugles contre des sites intégristes, ils ont aussi touché d’innocents sites du monde musulman, provoquant des représailles de hackers de cette confession sur des sites institutionnels français.

Vit-on alors un 11 Septembre Français ?

Si l’on se souvient bien, aux Etats-Unis, il y avait eu aussi des agressions islamophobes et même contre la communauté Sikh. Mais là n’a pas été le plus grave. Car là aussi, il y a eu une « Union Nationale » forcée. Il était totalement interdit de critiquer la politique de « Guerre contre la Terreur » menée par le gouvernement Bush. Il était totalement interdit de critiquer la série de lois liberticides qui fut votée. Il était totalement interdit d’émettre des doutes sur les « armes de destructions massives » de Saddam Hussein. Un million de morts irakiens plus tard, la situation au moyen-orient est pire qu’avant. La France de Sarkozy a créé un autre gisement de haine avec la chute du régime Libyen. La Syrie s’est retrouvée le jouet des grandes puissances, tantôt ennemie, tantôt alliée. L’Etat Islamique n’a plus qu’à récolter l’ensemble des fruits de ces champs de haine. D’autres de ces graines ont été semés en France où l’on continue de montrer du doigt les populations des banlieues, des communautés plus que d’autres, à contrôler au faciès, à fabriquer de l’échec scolaire, du chômage, des inégalités. Si tout cela n’est pas que la graine de la haine, cela en fait un bien beau terreau. Et pour en revenir au 11 Septembre, on constate qu’il y eut un repli sur soi de l’Amérique, une montée du Tea Party et des mouvements extrémistes et fondamentalistes chrétiens. La conjonction de la crise économique avec cela, bien que d’ordre inverse, reste bien similaire.

La liberté menacée

Si l’égalité n’est déjà plus qu’un souvenir, si la fraternité est déjà écornée, c’est maintenant la liberté qui est menacée. Mais paradoxalement, ce n’est pas par ces terroristes mais par ceux là même qui prétendent lutter contre. On ne peut pas dire que l’utilisation de l’emprisonnement ait été très bénéfique à cette lutte, lorsque l’on voit les « monstres » que cela a créé. Et pourtant on entend déjà des voix pour enfermer tous les individus « potentiellement » dangereux. Manuel Valls, Valérie Pécresse ou François Barroin parlent déjà d’un Patriot-Act à la Française alors que l’on ne peut pas dire que ces mesures aient été d’une grande efficacité, si ce n’est pour la torture. Beaucoup de spécialistes se sont insurgés contre la dernière loi Valls-Cazeneuve contre le terrorisme qui pourrait s’avérer contre-productive, dispersant les moyens et empêchant un repérage efficace des terroristes sur des sites internet. En Espagne, au Royaume Uni, des lois restreignant la liberté d’expression ont été prises récemment. L’arsenal répressif et liberticide est évidemment bien plus facile à mettre en place qu’une vaste réflexion sur ce qui amène des individus à de telles radicalisations. A ce moment, on devrait sans doute se rappeler des paroles sages, comme celle du premier ministre norvégien Jens Stoltenberg après la tuerie d’Oslo, “We will never renounce our values – our answer is more democracy, more openness and more humanity.” (Nous ne renoncerons pas à nos valeurs – notre réponse est plus de démocratie, plus d’ouverture et plus d’humanité) ou celle de Thomas Jefferson, « Those who sacrifice freedom for safety deserve neither » (ceux qui sacrifie la liberté pour la sécurité ne méritent ni l’une ni l’autre). Pour le premier, cela n’empêcha pas sa défaite électorale et une arrivée au pouvoir du « parti du progrès », un parti populiste et anti immigration. Alors, même si nous ne riions pas toujours avec eux, faites qu’ils ne soient pas morts pour rien…

Une réflexion sur “France : #Jesuischarlie, et après

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