politique

France : L’édito qui ne paraitra jamais.


Le texte qui suit aurait pu paraître sur un webzine culturel où j’écris parfois aussi sur la politique, plutôt internationale. Après de multiples brouillons, changements d’orientation, nous avons décidé en commun de ne pas l’utiliser, car non satisfaisant. J’aurais l’occasion d’en parler dimanche, pour le Blogging du dimanche.

Après l’émotion, après l’union « sacrée » autour de #JesuisCharlie, on commence à discuter solutions dans ce qui est déjà nommé « Guerre contre le terrorisme ». Un terme qui en rappelle un autre, sans apporter des solutions toutes faites.

Vit-on alors un 11 Septembre Français ? Après les attentats contre les deux tours jumelles et le pentagone, le monde n’a plus été le même. Mais les Etats-Unis ont aussi vécu une période trouble qui n’est pas terminée au niveau politique étrangère. Il est toutefois difficile de prévoir les conséquences mondiales d’un acte symbolique certes mais moins meurtrier.

Aux Etats-Unis, il y eut d’une part des agressions islamophobes mais également contre la communauté Sikh. Il y eut surtout une union nationale forcée. Il était alors totalement interdit de critiquer la politique de « Guerre contre la Terreur » menée par le gouvernement Bush. Il était totalement interdit de critiquer la série de lois liberticides qui fut votée. Totalement interdit d’émettre des doutes sur les « armes de destructions massives » de Saddam Hussein. Un million de morts irakiens plus tard, la situation au Moyen-Orient n’a fait qu’empirer et nous pouvons affirmer que le 11 Septembre a causé plus de dommage aux musulmans du monde que tout autre chose.

Des causes géopolitiques En périphérie du 11 Septembre, les printemps arabes, liés eux même à la crise financière mondiale, ont eu des circonstances périphériques : chute du régime Libyen et guerre civile en Syrie. Cet ensemble de conflits, débordants sur les conflits au Sahel ont installé une opposition durable de plusieurs mondes dont des groupes de brigands terroristes / Sectes profitent pour installer leur pouvoir. Qu’ils se nomment Al Quaeda, Boko Haram, Organisation Etat Islamique, ils tirent parti des graines de haine issues du néocolonialisme, de l’impérialisme. Haine qui est au cœur même des discours d’endoctrinement des faux imams autoproclamés, mais aussi des brigands se réclamant du Takfirisme (une idéologie ayant pour ennemis aussi les musulmans) et autres « va-t-en guerre » de toutes confessions (Cf. le conflit en République Démocratique du Congo). Si cela fut choquant pour beaucoup de voir certains chefs d’état au défilé du 11 Janvier, il faut aussi regarder attentivement la photo de famille et ce qu’elle sous-entend.

Car nous notons l’absence de la Russie, de la Chine, de l’Inde, de l’Iran et une prépondérance de l’Europe de l’OTAN, de la Françafrique et du Moyen-Orient favorable à l’occident. Aucun autre pays dit non-aligné n’a dépêché de représentant de premier plan ( ou n’a été invité ? ). Ce signe même devrait nous alerter sur la situation du monde et les liens qu’entretient la France diplomatiquement. Et dans cette photo de famille plus ou moins forcée, des dissensions ont été tues très momentanément. Alors que des experts de la géopolitique (Pascal Boniface, par exemple…) parlent depuis longtemps de l’importation du conflit israélo-palestinien en France, il serait faux de penser que cela ne se résume qu’à cela. Par exemple, il y a peu encore, le conflit ethnique au Sri-Lanka installait un climat très électrique dans le quartier indien de Paris.  En Allemagne, des mouvements islamophobes commencent à grandir sans que les causes soient similaires. Les causes seraient donc plus profondes.

Des causes économiques et sociales La crise financière de 2008 n’a fait que creuser plus profondément les inégalités. Mais le mal est ancien, notamment dans les discriminations raciales (souvenons nous au passage du « Bruit et l’odeur » de Jacques Chirac). Le sentiment qu’il existe plusieurs « français » (les assassins et ceux qui partent rejoindre l’EI le sont, n’en déplaise à ceux qui parlent de déchoir de la nationalité) n’est pas de 2008 : contrôle au faciès, discrimination à l’embauche, au logement, inégalité dans l’accès à l’éducation, territoires laissés pour compte (et pas seulement les banlieues) , ces quelques thèmes sont d’actualités depuis plusieurs décennies sans que des solutions aient été trouvées, faute de volonté politique. La seule volonté a été de remettre au premier plan l’immigration comme un problème (Nicolas Sarkozy vient encore de s’y illustrer). Mais attention, n’allons surtout pas circonscrire le problème à une jeunesse issue de l’immigration alors que l’on a vu de jeunes français de parents et grands parents français tentés aussi par l’extrémisme, dans toutes ses formes. La crise n’a fait que rajouter des problèmes qui se sont exprimés dans une colère hétéroclite par des mouvements successifs : Bonnets rouges, Manif pour tous, agriculteurs de la FNSEA, mais aussi les chantiers de Notre Dame des Landes, Sivens, … Fort heureusement, tous n’aboutissent pas à des attentats et des assassinats. La peur d’une révolution à partir de ces mouvements est réelle au sein des gouvernements. Et le pouvoir français se réjouit soudain de cette union, essayant même de l’utiliser. Mais elle n’est déjà que de façade, les clivages réapparaissant au fil des jours. Le #JeSuisCharlie a laissé place à de nombreux dérivés. Les communautés et professions touchées par ces assassinats plaident chacune leur cause alors même que les victimes les plus durables ne sont pas forcément celles qui sont décédées aujourd’hui. C’est exactement le piège tendu par Coulibaly dans son choix de cible, si on prend soin d’écouter les propos enregistrés par téléphone et les témoignages des otages.

La banalisation des messages xénophobes, le clivage installé depuis près de 15 ans entre les communautés, les statuts sociaux, pèsent pour beaucoup dans la situation et dans cette capacité à endoctriner les plus fragiles. Que des présidents, des premiers ministres, des ministres ou des chefs de partis montrent du doigt des coupables est devenu monnaie courante. Ils sont étrangers ou pauvres, dans des « quartiers », au choix de ces références de la nation.  Pour les personnes visées, cela aboutit au sentiment de ne plus faire partie de la Nation. Exclus de cette nation, sans attaches ailleurs, ils trouvent des refuges trop souvent faciles, dans la haine, la violence, le rejet de ce qu’ils considèrent comme un système qui leur est étranger. Si il y a des actes antisémites, il y a eu également des agressions de musulmans, particulièrement depuis ce 7 Janvier, des actes contre les roms, les SDF, et tous ceux qui sont vus comme des parias. Les manipulateurs de toutes sortes, avec ou sans religion (cf. les mouvements extrémistes proches de Soral), n’ont qu’à se baisser pour ramasser ces « bons petits soldats ».

Et internet dans tout ça ? Le réseau mondial a été montré du doigt par beaucoup d’intervenants comme un vecteur de haine. Les réseaux sociaux sont les plus visés, comme des déversoirs de celle-ci, comme des vecteurs de communication pour les réseaux extrémistes. Ils sont effectivement des outils parmi d’autres. Il ne faut pas oublier non plus l’ensemble des médias qui donnent la parole (dans un pays où l’expression est libre) à ces prophètes du « vivre tout seul ». Car qui a fait la une ces derniers temps dans les sorties littéraires ? Internet et ses réseaux sociaux ne sont que l’image de la société. L’internet d’aujourd’hui n’est que la conséquence et pas la cause. Et alors que des luttes ont lieu entre hackers et Anonymous sur quelques malentendus et débordements, on nous parle de cyberattaques djihadistes. Là encore, la méconnaissance engendre la peur. Aussi quelles solutions peut-on apporter ?

Des solutions multiples De par les causes entrevues, nous voyons que la stabilité du monde a une importance trop souvent ignorée dans une époque où les échanges n’ont jamais été si nombreux. La paix sociale ne s’achète peut-être pas mais la fragilité économique ajoute incontestablement aux peurs déjà palpables. Ce ne sont malheureusement pas les solutions à court-terme. Celles qui sont proposés, pour l’instant, ressemblent étrangement à celles qui furent utilisées dans la « Guerre contre la terreur » de l’ère Bush-Obama. On en connait les dérives (tortures, atteintes aux libertés individuelles) et le peu de résultat. Le cas des trois assassins français montre également que le remède carcéral est pire que le mal, créant la proximité entre petits, grands délinquants et manipulateurs, dans des prisons surchargées inutilement. Il faudra sans doute agir en amont dans les communautés religieuses (puisqu’elles sont déjà une source, quelque soit la confession) mais aussi dans le renseignement qui doit apprendre à cibler plutôt qu’à viser « large ». C’est malheureusement cette dernière solution qui a été conservée par le duo Valls-Cazeneuve, toujours conseillé par l’omniprésent Alain Bauer. On aurait tort aussi de sous estimer les milieux « identitaires ». Il est illusoire de croire que la police va disposer de moyens plus conséquents, donc il faut apprendre à faire mieux, sans aboutir à des incarcérations prévisionnelles des personnes à risque. Mais surtout, et avant tout, c’est dans l’aspect éducatif qu’il faut agir, et ne pas négliger que laïcité signifie respecter les religions des autres. Pour cela, ne peut-on envisager de les apprendre pour mieux les comprendre, dans leur grande diversité.

Il faut également admettre que l’antiterrorisme ne sera jamais infaillible. Les états les plus sécuritaires ont toujours connu des attentats, voir même plus. La « sursécurité » crée paradoxalement plus de  peur et plus de haine que l’inverse. Thomas Jefferson disait à ce propos qu’un peuple prêt à sacrifier la liberté pour la sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre. C’est en s’attaquant aussi à la prolifération des armes, dont nous sommes un des principaux producteurs. Et c’est enfin en brisant cette spirale de la peur, en rassurant tout en arrêtant d’abuser des reportages anxiogènes à longueur de programmes et qui ne décrivent pas une réalité mais la travestissent, la caricaturent, pardonnez nous l’expression. Dans cette stratégie pyramidale, nous en revenons à la notion de « Liberté d’expression », cette liberté si chère à Charlie Hebdo. Où s’arrête-t-elle sinon lorsqu’elle menace la liberté du voisin à s’exprimer. Est-on capable de faire de ce principe un nouveau letimotiv ?

A dimanche…pour comprendre.

Une réflexion sur “France : L’édito qui ne paraitra jamais.

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