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France : tableau d’une micro-société


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Au départ, j’avais prévu un article plutôt geek parlant de programmation, d’ergonomie et autres trucs qui emmerdent le grand public. Mais l’actualité s’impose et c’est finalement de politique dont je vais parler.

Non, ne fuyez pas tout de suite, on va essayer de rendre ça un peu plus vivant que les ridicules comiques qui font semblant de se disputer dans l’hémicycle. Car c’est bien le ridicule d’un Valls en colère contre Marion Maréchal Le Pen qui continue de tuer la discussion politique en France. Notez que j’ai collé un « discussion » avec « Politique »… Je vais vous parler de ce que je vois, entend tous les jours autour de moi, des discussions de café, de collègues. C’est parfois un très bon indicateur de ce qu’il se passe et le premier ressenti est évidemment que l’on ne soucie pas de « nous ». Qu’ils soient cadres sup ou ouvriers, ce qui ressort est bien qu’il y a coupure entre politique et les français. Le diagnostic n’est pas un scoop… Certains n’iront pas voter, d’autres, de plus en plus nombreux parlent d’alternative, de ras le bol, ….de Front National. Et certains continuent à voter par habitude plus que par conviction pour la même étiquette.

A ce moment là, il arrive de parler des autres alternatives, les vraies. Le front de gauche et l’extrême gauche de Poutou et Besancenot, souvent rangés ensemble, sont soit vus comme utopiques et hors des réalités ou soit comme une porte ouverte aux … »étrangers ». (Les écolos, on en parlera plus loin et le centre n’existe plus).

Oui, ce qui revient malheureusement en masse dans les conversations, c’est cette peur et cette haine (plus ou moins virulente) dirigée contre l’autre. Il n’a pas forcément de nom, d’existence proche, cet autre, mais il est souvent noir ou arabe, voir rom (désolé mais là je reprends les termes exprimés), souvent caricaturé, fantasmé. Et l’on réentend des termes et des clichés vus trop souvent à la télévision qu’une confrontation avec la réalité bat en brèche. Mais qu’importe si tout cela n’existe pas, l’idée est ancrée dans les têtes maintenant. A force d’avoir entendu les Hortefeux, Sarkozy, Wauquiez, Le Pen, Philippot, mais aussi Valls, entretenir le brasier, le feu de la haine de l’autre a continué à bruler.

Derrière ce qui est souvent un sentiment de jalousie par rapport au sentiment d’avoir été abandonné par la France, il y a une montée de l’individualisme. L’évasion fiscale ne choque plus, « ils » aimeraient faire pareil. On (oui le On indéfini…) veut être pris en compte, mis en valeur, exister enfin et jouer sa carte, répondre à ses envies. Le jeune veut être propriétaire, et déjà parvenir à payer son loyer décemment. Il se dit que les aides, les HLM c’est pour les autres pas pour lui. Il répète le discours sur l’assistanat sans pointer un exemple vu par lui même. Sait-il seulement de quelle aide il pourrait bénéficier lui même? Les lois passent après tout cela et on entend souvent « De toute façon, eux ils font ce qu’ils veulent ». Dans le eux, vous mettrez alternativement les riches et puissants et les étrangers, ceux qu’on a fantasmé un peu avant. La loi n’étant pas respectée ou appliquée, on se dit alors qu’on peut soit même s’en passer. Les plus anciens voudraient revenir aux trentes glorieuses. Ceux qui sont partis de rien pour arriver à un poste de cadre sont sans pitié pour ce qu’ils appellent les « assistés ». Ils se « sont faits eux même » et voudraient que tout le monde fasse comme eux.

Après ce rapide et sombre tableau, on peut alors se poser la question de la réponse à donner. Les promesses de croissance, la peur du front national, la solidarité… Désolé mais là, je crois qu’on fait fausse route. La situation en est à un tel point, que la solidarité, tout le monde s’en fout, pensant plus à protéger ce qui lui reste et à son petit égo. Voilà donc pourquoi les réponses individuelles, parfois totalement opposées les unes aux autres, font recette. Voilà ce que tente de faire Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy et ce que fait parfois un Valls dans ses déplacements : Promettre ce que son interlocuteur désire, promettre et encore promettre. Voilà ce que l’extrême gauche ou la gauche de la gauche ne peuvent ou ne savent plus faire. Mais faut-il le faire alors lorsque l’on est de gauche ? On appelle cela du populisme (tiens, on taxe Melenchon de populiste….!?) de la démagogie… On connait le résultat : Promesses non tenues, colère s’ajoutant à la colère, sentiment d’abandon, violence….

Remarquez, je n’ai pas encore parlé des écologistes. L’écologie ne revient que péjorativement dans les conversations et les écologistes sont rangés avec l’extrême gauche. Des extrémistes qui veulent freiner une économie et une consommation galopante. Mais dès que l’on parle de danger, de Tchernobyl, de pesticides, de gaz de schiste, de choses qui pourraient toucher directement sa maison, ses enfants, l’écologie parait nécessaire. Ce paradoxe montre le manque de réalisme des propositions vertes mais aussi la liaison avec cet individualisme, voir cet égoïsme.

Alors je cherche des réponses, je tente la discussion argumentée, j’essaye de battre en brèche les idées reçues. Non, ça ne marche pas. Les images, les unes racoleuses sembles plus fortes que les mots. Elles s’ajoutent, s’accumulent, s’insinuent. A elles s’ajoutent des mots, des formules cinglantes, des actes symboliques; La peur aussi, celle de ces terroristes lointain qu’on croient cachés chez le voisin; La peur qu’on entretient avec des émissions les crimes et délits, des « enquête d’action », « en quête d’actualité », « Au coeur de l’enquête », « 90′ enquête » et leurs reportages achetés au mètre sur un modèle stéréotypé. Cette peur s’ajoute à celle des lendemains et empêche de reprendre pied, de reprendre le fil normal de sa pensée, d’avoir une réflexion de fond sur le fonctionnement d’une société humaine, pour ne pas dire plus humaniste. Comment peut-on rassurer d’abord ? L’argent, le CDI, l’entreprise florissante… On nous répond flexibilité, réduction de salaire, délocalisation, protectionnisme, actionnariat sans rien bâtir au delà. Court-termisme de la politique et de l’économie.

L’état ne peut pas tout ? Oui, mais à force de démissionner de tout, de promettre et de fermer les yeux ensuite, il nourrit peurs et haines. Et l’état a peur lui aussi, peur qui s’exprimait justement dans cette colère de Valls, la peur de perdre ce qu’il avait, autant le pouvoir qu’une société de castes qui ne dit pas son nom, la peur de ne plus pouvoir acheter la paix sociale par le clientélisme. Qu’ils se rassurent, dans les conversation, personne n’est encore prêt à prendre les armes, juste à défendre son chez soi, ses enfants. Mais dans les urnes, l’étincelle est là, et ce n’est pas un hasard si son logo est une flamme, entretenue par l’égoïsme de toute une société. Et je me dis que finalement, le danger au fond, ce n’est pas le Front National (même s’il en apportera), c’est bien nous même et notre narcissisme. Et plutôt que de soigner les conséquences, mieux vaudrait s’attaquer aux causes du mal. Un peu comme une addiction ou un virus, Le FN (et d’autres…)répond par un discours facile et immédiat jouant sur nos envies, nos mauvais coté. Mais lutter contre ça, c’est déjà se combattre soit même, ce qui n’est pas facile.

Une réflexion sur “France : tableau d’une micro-société

  1. you are right with « Marion Marshal Le Pen continues to kill political debate in France… » – sometimes free speech makes problems. In my hometown, Wuppertal, last weekend three groups clashed together: right-wing anti-immigration PEGIDA vs. pro-immigration « autonomous » anarcho-scene vs. Islamist Salafists (Sharia Police) – not an easy day for thousands of policemen … to calm down the aggressions…

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