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France : Zyed, Bouna et moi


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En ce week-end d’élections, j’aurais pu continuer de parler de cette campagne des départementales 2015. A la lecture des professions de foi de mon secteur, une chose m’a frappé (en dehors du tract du FN qui ne dit même pas d’où sortent les candidats!) : Tous ces candidats ne me ressemblent pas, pas même aux personnes que je connais autour de moi. Et parallèlement, le procès de la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-bois, avait lieu.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Zyed benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans) sont deux garçons qui furent électrocutés dans un transformateur EDF, pour échapper à un contrôle policier. Ils n’avaient commis aucun crime, sinon celui d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Leur mort provoqua des émeutes dans les « banlieues » il y a 10 ans. Dans le dernier volet judiciaire de cette affaire, la relaxe est demandée pour les policiers. Pouvait-il en être autrement ? Certains croyaient faire le procès d’un système en mettant deux policiers comme accusés mais c’est un leurre. Un des policiers accusés soulignait que personne de sa hiérarchie n’a réagi au danger couru par les enfants lorsqu’ils sont rentrés dans cette zone dangereuse. La vraie question est bien de savoir ce qui peut pousser à fuir la police lorsque l’on est innocent ? La réponse est simple : En avoir marre d’être contrôlé pour un rien à cause de sa couleur de peau, et tout ce qui va avec.

Natif d’une ville qu’un ancien président a voulu nettoyer au Karcher, élève dans un collège-lycée qu’on pourrait juger difficile aujourd’hui, utilisateur des lignes de train de banlieue, j’ai pu voir cette fracture de la société s’aggraver de jour en jour. Et ce n’est pas un hasard si elle se retrouve aussi dans les partis politiques. En plus de 35 ans, j’ai pu voir l’abandon progressif d’une « Dalle » où l’on avait avant des commerces, une antenne de mairie, de commissariat, une bijouterie, où la mixité sociale a disparu. Le commissariat a d’abord fermé, puis des services de proximité, la bijouterie a été prise pour cible parfois chaque mois, jusqu’à ce que son propriétaire craque, d’autres commerces ont suivi. Seul un dispensaire reste et pourtant ce n’est pas un lieu dangereux comme on peut parfois en décrire dans les médias sensationnalistes. Remettre une antenne de commissariat maintenant ? Le Policier n’est plus vu comme une source de sécurité mais comme une source d’emmerdes, à force de fermer les yeux (souvent sur ordre) ou de contrôler toujours les même, ceux qui sont seuls, de couleur et qui souvent ne font rien d’autre qu’aller ou revenir d’un boulot le matin et le soir. Comment veut-on après avoir confiance dans cette société pour vouloir s’y impliquer dans un parti politique ? Le profil reste finalement caricatural : Retraité ou en fin de carrière, jeune ambitieux et doué qui aura tôt fait d’oublier d’où il vient (et peut-on lui reprocher…), chef d’entreprise qui s’est fait tout seul, enseignants… C’est à peu près ce qu’on retrouve comme stéréotypes dans les listes principales.

Où sont-ils les français qui galèrent, survivent ? Nulle part, ils n’ont pas le temps d’aller dans des réunions politique, le soir alors qu’ils reviennent crevés de leur boulot ou doivent s’occuper de leurs enfants. Que pourraient-ils trouver comme intérêt à entrer en politique ? Aider son prochain, améliorer la société, quand on se sent abandonné ou exclus… Soyons réaliste, nous creusons de jour en jour un fossé de plus en plus profond. Il y a parfois des contre-exemples, des ouvriers devenus députés sur le tard, des employés devenus secrétaires nationaux d’un parti… Mais il en faut de la rage, de la hargne pour pouvoir cumuler tout cela, et des circonstances professionnelles y aidant aussi. Comme d’autres, je me suis posé la question parfois d’entrer en politique. J’ai observé, écouté dans les partis qui auraient pu répondre à mes attentes et j’y ai trouvé soit un copinage causant un immobilisme maladif, soit un amateurisme flagrant. Et comme je ne suis pas du genre à m’insérer dans le premier cas…

J’ai très vite compris que je n’avais pas le bon profil, au contraire d’un camarade de régiment aujourd’hui député. Lui avait la bonne couleur, le cursus parfait avec les études administratives, le coté lèche-botte qui va bien. Il n’a jamais travaillé ailleurs que dans une mairie et pourtant nous parlera de l’entreprise, de la finance, de la ruralité…Il n’a jamais connu de Zyed et Bouna, à part peut-être dans 10 mois sous les drapeaux. Mais il les a vite oubliés. Pas moi…Pas plus que les oubliés du système éducatif, les surdiplômés orientés sur des voies sans fin, et tant d’autres. Cette propension à l’oubli ou à ne pas comprendre ce que peut ressentir l’autre est ce qui va nous tuer à petit feu. On appelle cela le manque d’Empathie. Quand on sait que ce terme a été utilisé depuis la révolution industrielle, il y a de quoi se poser des questions sur le développement tardif de cette notion, ainsi que sa liaison avec le monde des arts.

Alors, même si certains candidats ont certainement de l’empathie, les contenus des tracts de ces départementales ressemblent à un mélange sans âme de mots vides de sens et de quelques exemples locaux vides d’impact. Mais, contrairement à moi, beaucoup voteront pour l’étiquette de la marque, pardon du parti, plutôt que sur son contenu. Un peu comme quand on achète un smartphone, ou des baskets, la politique est un produit. Et pas de chance, je n’ai jamais été sensible aux marques…

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