Grèce : Du manque de réalisme et d’empathie des euro-dirigeants


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Alors qu’on semble se diriger vers ce que l’on appelle le Grexit, c’est à dire une sortie de la grèce de la zone Euro, il n’est pas inintéressant de prendre du recul sur cette négociation entre Grèce et Eurogroupe.

Mais avant toute chose, il faut regarder en face la situation réelle en Grèce. Entre les observateurs « pro-europe » (comprendre l’entité financière) façon Quatremer du journal Libération et ceux qui sont pro-Syriza, il est difficile d’avoir une vision neutre. Oublions les chiffres macro-économiques pour entre dans le réel, à savoir ce que vit le grec lambda. Entre un taux de chomage en augmentation exponentielle, des pensions de retraites en chute libre, un système de santé déjà dépecé par la troika du FMI, et des prix en hausse, le coup de massue est sévère. Les petits boulots, l’économie parallèle deviennent des solutions dans un pays où l’on ne voit pas d’avenir. D’un autre coté, le système de financement de l’état ne fonctionne pas et les services offerts, jusqu’avant la crise, aux concitoyens n’étaient pas financés (se rappeler la falsification des comptes avec l’aide des banques ). Depuis l’entrée dans l’Europe, aucune réforme de fond n’a été faite par les gouvernements successifs, de droite ou de gauche mais aucune pression européenne n’a été exercée non plus pour sévériser un calendrier. Il a fallu attendre une crise qui commence par la chute du système bancaire US pour que l’on voit apparaître le spectre de la faillite en Grèce (et ailleurs). De ce point de vue, il faut donc comprendre l’avis du peuple grecque qui considère qu’il est loin d’être le seul coupable.

Le FMI, après avoir reconnu avoir mal géré la crise grecque en enfonçant un peu plus le pays dans la misère, veut tout de même récupérer le montant de prêts. Et pour cela, il va donc demander au nouveau gouvernement grec de Tsipras d’honorer les engagements de ses prédécesseurs. En fin tacticien, Alexis Tsipras savait qu’il allait devoir jouer l’appaisement avec les créanciers tout en usant du spectre de la banqueroute pour tempérer les ardeurs. Le jeu dangereux de Tsipras devait tenir compte du fait qu’une promesse politique à Bruxelles est une chose mais une application en Grèce en est une autre. Le peuple a élu Syriza sur des promesses et des espoirs, peut-être utopiques mais Syriza sait la fragilité de la situation et le risque de violences déjà vécues par le passé. L’extrême droite d’Aube Dorée est à l’affût de cette situation insurrectionnelle. Tsipras essaye donc de fédérer, autour de lui, une partie de la population en affichant ses bonnes intentions (réelles ou pas), afin de permettre une application ultérieure des décisions. En si peu de temps, il ne sera pas évident de détailler les mesures. Mais en même temps il cherche un désaccord et non un accord. Ce que certains appellent un jeu de dupe, était prévisible dans le sens où déjà de nombreuses concessions avaient été faites, à rebours des promesses de campagne de Syriza parfois.

Mais voilà, l’Eurogroupe, au lieu d’avoir une vision d’une Europe protectrice et solidaire, se range du coté des créanciers dans sa négociation et préfère mettre dehors l’enfant indigne de la famille. Les propositions sont d’abord technoratiques et une fois l’accord passé, on pense éventuellement à l’humain. C’est apparemment l’ordre du jour qui était annoncé jusqu’à ce que Tsipras annonce un referendum. Sentant qu’il aurait du mal à faire passer la pilule des dernières concessions faites dans les négociations, Tsipras s’est dit aussi qu’il faudrait déjà montrer que le peuple a son mot à dire. Négocier un calendrier de mise en application après des négociations est une illusion. Le fait de renflouer la Grèce par le prisme du système bancaire était une première erreur. L’application stricto sensu des règles dans la zone Euro est bien le point de blocage dont il aurait d’abord fallu sortir pour permettre à la Grèce de se refinancer par d’autres circuits. On pourra regarder du coté Islandais pour une autre voie, bien que le cas de ce pays ne soit pas réglé. En aucun cas les dirigeants européens et leurs ministres des finances n’ont pris en compte ces alternatives et surtout la mise en application au premier point. Le deuxième point, proposé timidement par Dominique Strauss-Kahn, dont il faut se souvenir qu’il a cautionné la fuite en avant de la troïka, est une renégociation de l’enveloppe de la dette. Le terme est flou et non assujetti d’un montant ou d’une origine de cette dette. Ce flou continue sur le fait d’intégrer ou non des intérêts dus et sur quel calendrier on se base sur le calcul de ces intérêts. Bref, on imagine fort bien la difficulté des négociations sur ces points de détails.

Le fond du problème, déjà avant Maastricht est que l’Europe est resté le marché commun financier créé pour redresser d’abord ce continent face à la menace communiste puis dans un but commercial. Jamais l’Europe n’a mis la solidarité et l’unité au premier plan. Jamais elle n’a mis l’union des peuples avant l’union des monnaies. De ce fait, il n’est pas étonnant de voir les opinions de pays comme la France ou l’Allemagne se réjouir d’une sortie de la Grèce de la zone Euro. Avec des explications partielles et partiales, un manque d’empathie ou un excès jusqu’à la nausée, le résultat ne pouvait être que celui là. La canicule qui s’annonce ne risque pas de faire retomber la température dans les débats jusqu’à voir le bien commun et la raison l’emporter. Tsipras, qu’il gagne ou qu’il perde son référendum, a perdu son pari. Il joue ici sa dernière carte, espérant sans doute qu’à deux doigts de faire tomber la pyramide Euro, les dirigeants retrouveront un peu de sens commun. Il est à craindre que l’on creuse le lit de conflits futurs.

On peut s’étonner maintenant qu’aucun des dirigeants n’ait encore prévu de « plan B » réaliste vis à vis de la réaction grecque*. Tous ont sous-estimé la possibilité du recours au référendum (vu ce qu’on en a fait pour la constitution, est-ce étonnant?) , l’orgueil d’un peuple et l’art de la politique lorsque l’on voit le bord du précipice. Il faudra se souvenir de ce manque, à la fois de réalisme mais aussi d’empathie.

*le 11 juin, une réunion partielle évoquait la solution d’une sortie de la Grèce de l’Eurogroupe

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