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#OnVautMieuxQueCa : témoignage d’un travailleur lambda


Le Mot-clé/hashtag #OnVautMieuxQueça est une réponse du net français (Twitter, Youtube, Diaspora*, Facebook, Blogs…) à la proposition de loi Travail du gouvernement français, une manière de montrer la réalité et non de prendre des postures comme les opposants politiques arrivant après la bataille. Voici ma pierre à l’édifice.

J’ai de la chance, j’ai un travail. Et même plus, j’ai un CDI dans une grande entreprise française et un salaire tout à fait correct étant donné mon niveau d’étude. Cela dure depuis 16 ans après une période d’essai de 2 mois, et pourtant le futur s’annonce plus difficile. Mon entreprise a renoué avec les bénéfices après quelques années où l’on a reçu tous les jours des incitations au départ… et ça continue. Un départ c’est bien, si on trouve mieux ailleurs, ou plus motivant. Il faut être réaliste, la tendance dans ma branche n’est pas folichonne et ces plans vont concerner trois catégories de personnel :

  • Les jeunes, qui peuvent ainsi avoir un petit pécule en plus de l’expérience pour trouver au moins aussi bien ailleurs.
  • Les gens en age de partir en pré-retraite avec le pactole
  • Les gens qui ne se plaisent aucunement dans ce qu’ils font et ont envie de se reconvertir dans tout autre chose.

Un jour peut-être, je ferai partie d’une des deux catégories possibles pour moi. Pour l’instant c’est surtout l’impression qu’il va falloir faire aussi bien qu’avant avec …. rien. L’investissement est toujours en réduction et on doit déshabiller Pierre pour habiller Paul, faire du recyclage, du bricolage. Mon service est un refuge de MacGyver en puissance. J’ai un stagiaire en ce moment et il hallucine de voir cela alors qu’il croyait être dans une riche entreprise française. Et pourtant, avec tout ça, nous sommes consciencieux, tous à nous serrer les coudes, nous entraider…. sauf le stagiaire qui croyait qu’il n’aurait plus à mettre les mains dans le cambouis en faisant un Bac+5. Du cadre à l’ouvrier, ici, il ne faut pas hésiter à faire un peu tout pour que ça avance. Mais si je passe le fleuve qui nous sépare du tertiaire, l’ambiance est très différente, individualiste, morose avec l’angoisse de savoir si le service va être délocalisé, filialisé. C’est déjà le cas pour d’anciens collègues, dont le poste est passé chez un sous-traitant avec juste l’espoir qu’après 5 ans, ils seront encore là, ou que leur salaire ne sera pas revu à la baisse.

Avec les accords de branche prévus par la future loi, c’est ce qui peut se passer. Le chantage à l’emploi est déjà effectif aujourd’hui dans des « pseudo-accords » pour revoir les horaires des équipes mais qui ne laissent quasiment aucune marge de négociation. Oui, vive l’ANI(PDF), signé aveuglément par des syndicats devenus naifs. On propose d’abord une première version, inacceptable, puis on daigne proposer,  après des discussions, la deuxième qui en réalité était déjà écrite, en menaçant de revenir à la première s’il n’y a pas accord. Bilan : Travailler plus pour gagner moins ou autant, tout en alimentant de nouveaux compteurs horaires dont l’utilisation sera aussi imposée plus tard. Après les équipes, ce sera le tour des horaires en journée et une renégociation graduelle du temps de travail tel qu’on le connaît. Et si on nous parle de compétitivité, il n’y a qu’à aller voir nos collègues turcs ou chinois, dont le salaire progresse vite, lui, car les offres ne manquent pas localement. Les meilleurs viennent parfois en France, et y restent…  avec un contrat français, avant de changer de boite. Pour le reste, le niveau de qualification et les moyens de travail des filiales étrangères sont idéalisés, pas les horaires qui sont sensés compenser ces manques.

C’est aussi la constatation de voir des personnes embauchées en France avec des salaires toujours plus bas, à diplôme équivalent. Elles ont du mal à se loger, consomment finalement moins ou alors dans des produits low-cost, donc faits hors de France, donc creusent encore plus le déficit commercial. Pour les apprentis, les accords dont on parle sont déjà une réalité. Les heures sups n’ont pas toujours été payés là où je suis puisque dans certains service, c’est un tabou. Et si virer une personne est difficile, on sait pourtant le faire par la pression psychologique, la mise au placard ou en inventant des fautes graves. Vu le délai des prudhommes, les procédures ne font même pas peur. Si on ajoute un plafond, le calcul n’en sera que plus facile pour savoir à partir de quand on peut se débarrasser d’un salarié, compte tenu de son ancienneté et de son salaire. Mon service est un havre de paix, mais il y a quatre ans, dans le tertiaire, tous les coups étaient permis.

Ce projet de loi viserait à lutter contre le chômage ? Faire travailler plus longtemps une personne, faciliter le licenciement, c’est lutter contre le chômage ! C’est nouveau ça. La flexibilité appelée des voeux des TPE n’est pas plus là qu’avant. Non, cette loi vise encore les grandes entreprises et PME suffisamment importantes (ce qui pousse le syndicat CGPME à la défendre!), ce qui ne va pas dans le sens du développement de l’artisanat et des TPE dont nous manquons tant. Je vois mon plombier former des apprentis chaque année. Ça c’est une réalité plutôt réjouissante, si derrière ils ont des opportunités. Mais je vois aussi des jeunes qui sortent de superbes écoles mais ne sont pas conscient des réalités du monde du travail, n’ont pas d’esprit d’équipe et de solidarité, ni même les compétences en phase avec le besoin du terrain. Je vois des jeunes faire des poursuites d’étude mais ne pas voir leur diplôme (très officiel) reconnu par leur employeur. Je vois des jeunes qui ont la volonté de s’en sortir, qui sont malins, démerdards, sans avoir forcément le diplôme qui va avec… et donc la reconnaissance.

Ils valent mieux que ça. Je vaux mieux que ça. ON vaut mieux que ça !

Et surtout, le code du travail du temps de mon embauche, c’était le même, et la concurrence était pourtant féroce. Par contre les décisions stratégiques foireuses, ça, on n’en parle pas. Dans mon entreprise, il y aurait pourtant de quoi discuter… Et ce n’est pas Areva! Allez, je passe la main aux autres pour qu’ils parlent de LEUR monde du travail.

PS : Non, je ne suis d’aucun syndicat, même si je suis proche des délégués locaux de plusieurs centrales….Le sujet serait long.

3 réflexions sur “#OnVautMieuxQueCa : témoignage d’un travailleur lambda

  1. Tellement complet ton article car tu as mis le doigt sur la différence de solidarité entre le monde ouvrier où s’il arrive un gros problème à l’un tous les ouvriers sont solidaires, alors que dans le tertiaire « le monde du bureau » -d’où je viens- si c’est ton collègue qui est touché tu peux être sûr qu’il est mis en quarantaine, « il est banni »
    Alors lorsqu’il y a un plan de licenciements c’est la curée.
    Mon expérience de déléguée syndicale CGT pendant près de 40ans (tout en faisant mon boulot pro) et les plusieurs plans, m’ont confrontés à des salariés qui se réjouissaient que c’était son collègue qui était touché.
    Alors forcément moi « j’étais protégée ».
    Je reprends plus tard

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