culture

France : « Les migrants sont les bienvenus, sauf chez nous ! »


Voilà un peu ce que disent les habitants du très chic 16ème arrondissement de Paris et leur maire Claude Goasguen, face au projet de la mairie de Paris de créer un centre d’hébergement en bordure du Bois de Boulogne.

sdf16eme

Voulant accueillir SDF et réfugiés, ce centre provisoire (pour une durée de trois ans) serait d’une capacité d’accueil de 200 personnes et doit voir le jour avant l’été 2016. Les arguments du Maire Goasguen (dont il faut rappeler au passage la jeunesse dans le groupe d’extrème droite Occident, avec ses amis Longuet et Devedjian) sont à la fois esthétiques, environnementaux et sécuritaires. Pour le premier argument, la photo ci dessus peut éventuellement se discuter, de même que certaines architectures d’immeuble de standing en lisière du bois. Pour le second argument, et à l’image de l’extension de Roland Garros, on peut s’interroger sur l’impact sur un bois qui est déjà trop rare dans l’agglomération parisienne par rapport à d’autres capitales. Mais en réalité cette installation se fait sur un endroit déjà bitumé, et habitant de nombreux véhicules, au mépris de la quiétude du lieu,  moyennant quelques arbres sacrifiés et qui seront replantés un peu plus loin dans une partie qui manque déjà de densité. Situé non loin de l’Ambassade de Monaco, on attend l’avis du Prince Albert….

Il faut dire que le 16ème est l’objet d’une bataille ouverte entre Anne Hidalgo et Claude Goasguen. Ce dernier s’oppose bec et ongle à la construction de tout logement social, de toute mixité, même en utilisant sa réserve parlementaire dans un lobbying forcené. On peut penser que cette action de la maire, un brin provocatrice, s’inscrit dans cette petite guéguerre. Reste que Paris manque de places d’hébergement et que la mixité sociale n’a plus cours dans les quartiers du sud ouest de la capitale. Les opposants osent dire qu’ils sont pour cette mixité mais pas à ce prix, mais on attend alors d’autres propositions de lieux, comme les immeubles vides objets de spéculations de la part d’investisseurs et grands groupes. Goasguen promet des contre-propositions, sans préciser où…

Et puis vient cet argument sécuritaire qui veut laisser croire que parmi ces « migrants » se cacheraient de dangereux terroristes. Permettre justement à des personnes d’avoir un toit est aussi un meilleur moyen de contrôler leur activité alors que les laisser dans la nature peut ouvrir à des activités illicites. Ajoutons à cela que c’est l’EI qui a manigancé pour que l’on devienne paranoïaque au sujet des réfugiés, en poussant ses sbires à utiliser les mêmes flux migratoires pour se déplacer. Tomber dans ce piège, c’est donner encore plus de place à la propagande de l’Etat Islamique et à la déstabilisation de l’Europe. Si Claude Goasguen voulait vraiment donner le change, il n’avait qu’à ouvrir des logements pour montrer que dans le 16ème ou ailleurs, l’hospitalité n’est pas un vain mot. Mais en même temps, l’exemple ne vient pas d’un gouvernement qui refuse toute politique constructive dans ce domaine avec ses partenaires européens, ce contentant d’annoncer des chiffres et de repousser le tas de sable chez les autres, en Allemagne, Grèce ou Turquie.

Comme pour les centres de traitement des toxicomanes, les déchèteries alimentées souvent par les plus riches, ce sont souvent les communes les plus pauvres qui se retrouvent à subir tous les désagréments. Ici, nous sommes bien loin de ces cas extrêmes et pourtant l’idée risque d’aboutir à un fiasco. Car comment créer une mixité de force, sans consentement (même à demi) des populations déjà installées? Nos réfugiés et SDF deviennent le jouet du cynisme de la politique. Là où Goasguen a raison, c’est dans le fait qu’en accumulant 200 personnes, on va construire un ghetto ( dans le ghetto de riches du 16eme, sic) qui ne créera pas de mixité. Mais en saupoudrant dans cet arrondissement des logements d’accueil, la situation pourrait bien mieux s’améliorer. C’est justement cela que refuse le député maire de l’arrondissement (oui, il cumule aussi de ce coté là…) et il fallait forcer le destin. La politique de l’amende a ses limites, que les plus riches ont bien vite franchies. Et la solidarité nécessaire ne fonctionne ni en Europe, ni en France.

Et surtout, pendant qu’on discute, des milliers de personnes crèvent dehors, ou se noient dans la méditerranée…

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