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France : Alors, Juan, 6 mois plus tard ?


J’avais donné Rendez-vous avec Juan de « Sarkofrance » après sa semaine 447. Il y portait alors un regard très tranché sur l’hommage aux attentats de novembre.

Car selon Juan, il n’aurait pas fallu se démarquer de l’hommage, et donc accepter tout ce qui était dit en cette fin Novembre 2015, faire le deuil en silence, pendant que le pouvoir s’arrogeait tous les droits. Il parlait de « guerre arrivée en démocratie ». J’ai depuis, pris le temps de clarifier ce qu’est une guerre et surtout où se trouve la vraie guerre. Tout le monde était dans l’outrance, dans la folie du moment, sans aucune réserve sur l’utilisation des mots. A l’époque, on a même eu un Hollande qui promettait  la déchéance de nationalité. Plus tard, ce même Juan se réveillera de cette sorte de coma  du moment. J’avais préféré ne pas alimenter la polémique pour rappeler ce qui était écrit et le sang froid qu’on devrait éprouver dans ces sombres moments. Aujourd’hui, nous avons eu 3 prolongations d’un état d’urgence, et on constate la désorganisation jusque dans les finales de coupe de France de football.

Avouons tout de même que l’ami Juan soufflait le chaud et le froid en remarquant justement que «  Il faudra se souvenir de cette douleur avec autant de vigueur que de vigilance à l’égard des enquêtes de police et de leurs éventuels dérapages. Car la réalité est ainsi, grise, très grise. » Nous n’étions pas si nombreux déjà à crier que cet état d’urgence était un danger dans son écriture du moment. Quels résultats a-t-il réellement donné ? Depuis, la situation n’a fait que s’aggraver, creusant des fossés entre des castes, entre des français qui devraient se retrouver, manipulant la police pour diviser sur des questions sociétales, tout en épuisant ces forces de l’ordre…  On sait ce que la fatigue crée comme dérive. Les arrestations des suspects ne sont pas le résultat de mesure de l’état d’urgence mais d’enquêtes, de moyens plus ciblés. Il reste beaucoup à faire dans ce domaine, sans forcément mettre à mal les libertés. Là encore, la culture US de l’enregistrement à outrance prédomine trop et à montré son inefficacité. Et en même temps, on n’a pas vu grand chose pour protéger les mosquées en Corse, ni même dans la saisie des armes circulant dans des cités malheureusement trop connues (et pourtant on nous a donné de beaux chiffres… gonflés par des armes de collectionneurs). On a vu aussi des déclarations ronflantes sur le Passenger Name Record, dont on sait pourtant qu’il sera inefficace, par sa complexité et son rustinage. Mais on a eu droit à des situations proches d’un état totalitaire lors de la COP21. Car il fallait déjà voir la lente dérive d’un gouvernement de plus en plus autoritaire avec les faibles, et se couchant toujours auprès des forts.

Évidemment, on pouvait parler alors de la stratégie du choc, chère à Milton Friedman selon Naomi Klein, et qui veut que l’on profite des chocs psychologiques pour passer des réformes libérales. Il n’en fallait pas plus pour que justement les pires réformes, celles là même en filigrane du TAFTA que personne ne semble plus vouloir, passent dans 3 étapes successives, dans cette période anxiogène (montée de la menace, attentats, répression)  en attendant le timing pour la prochaine. Là encore, il n’y a pas de hasard dans le fait que l’on est attendu pour lancer ces réformes. Mais justement, Juan refusait de regarder les petites manigances politiques à ce moment où justement il fallait les regarder. Depuis, il (et quelques autres blogueurs) a retrouvé sa lucidité et ce moment est finalement assez édifiant de l’impact de l’émotionnel sur la vie politique. Le moindre fait divers pousse à réagir immédiatement. Ainsi je voyais des réactions véhémentes de mes contacts autour de l’incendie de la voiture de Police ces derniers jours. On recite des fous dangereux comme Eric Ciotti ( celui qui veut  « créer des centres de rétention pour migrants dans les pays d’entrée en Europe ». » ) qui refusent de voir la réalité, dans toute sa complexité (il n’y a ni les gentils policiers et les méchants manifestants, ni l’inverse). Il faut savoir laisser passer le temps de l’émotion, de la peur, pour retrouver la raison. Mais la situation est telle, entretenue de telle manière, que certains continuent de vivre dans cette émotion, ne s’intéressent qu’à leur propre sort sans regarder avec recul ce qui se passe de manière plus globale. Je passe sur le nombre ridicule de migrants (par rapport à notre capacité d’accueil, notre histoire mais surtout par rapport à tous les autres pays européens, cf ci dessous) que l’on accueille et qui sont pourtant montrés comme une menace terroriste par cette Droite de la droite.

En ce moment de Novembre, justement, la terre continuait de tourner et les attentats de toucher le monde entier. Les guerres continuaient de faire rage et des accords économiques de se lier, jouant avec l’avenir des populations, dont celle de France. Finalement, fallait-il prendre part à ce brouhaha autour de ces cérémonies et ces discours ? Oui, pour avoir un regard distancié et critique, sinon à quoi bon. Il m’est arrivé d’en manquer bien des fois, au point de ralentir de moi même le rythme des publications sur ce blog, de supprimer des brouillons très aboutis. Je ne sais pas ce que pensera mon éminent collègue de ce regard rétrospectif et j’aimerai que l’on se repenche sur ce qu’on écrivait en ce temps. Pour ma part, c’était ça : Les terroristes gagnants ?

A voir la montée conjointe des extrêmes-droites en Europe, l’installation dans le paysage politique et médiatique français du FN, le recours au 49-3 pour passer des lois contre l’avis de toute la population, mais surtout pour protéger vainement un gouvernement, la défiance de la jeunesse dans la classe politique, les perspectives d’avenir pessimistes et les conséquences pour cette jeunesse (radicalisation, violence, drogue, alcoolisme…), le tableau est très sombre. Et si on rajoute à cela une politique européenne toujours aussi absente à l’international, des États-Unis focalisées sur la zone asie-pacifique, on peut répondre positivement à cette question. La division règne et profite aux marchands de haine, de violence, d’armes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les succès commerciaux français sont dans ce domaine. Et nous qui n’avons pas connu la guerre, la laisserons en héritage à nos enfants. Rendez-vous non pas dans 6 mois, mais dans 6 ans…

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