Ciné – Politique : Money Monster


Hollywood continue de s’intéresser aux ressorts de la crise financière et à s’interroger sur la société américaine. Cette fois, c’est Jodie Foster, la réalisatrice-actrice, qui est au commande d’une belle machine…

Car le paradoxe commence là : Dénoncer le capitalisme triomphant tout en utilisant les recettes des grands studios peut paraître curieux. Ici on a donc un film Sony Pictures, avec ce qu’il faut de placement produit, des grosses stars (Julia Roberts, George Clooney), le tout dans un format compact (1h30) qui va droit au but. Jodie Foster nous avait habitué à des productions plus intimistes, de Little Man Tate à The Beaver. Mais en tant qu’Actrice ou Productrice, elle connaît bien ce milieu du spectacle et cette amérique, sur laquelle elle a déjà eu un regard critique.

Ici, nous avons un film de genre (prise d’otages) :

Lee Gates est une personnalité influente de la télévision new-yorkaise. Il anime l’émission financière Money Monster avec son style décalé et humoristique. Un jour, Kyle, un spectateur ayant perdu toutes ses économies en suivant les conseils de Lee, débarque sur le plateau de l’émission avec armes et explosifs et le prend en otage en direct devant des millions de téléspectateurs.

Passons rapidement sur les éléments techniques entre un casting, très réussi et impliqué, et une mise en image restant classique. La mise en scène est pourtant habile, distillant quelques éléments mystérieux au début du film qui se révèlent importants dans le dénouement. Toute la difficulté ensuite est de garder du suspens par un fil rouge, alors que l’issue pour le preneur d’otage paraît déjà écrite.

Le sujet semblait être les transactions à haute-fréquence et leurs dérives dans la finance d’aujourd’hui, ou bien encore les algorithmes qui nous échappent. Le sujet a déjà été évoqué dans « Margin Call » n’est finalement qu’un prétexte. Jodie Foster s’intéresse finalement plus à la « société du spectacle » qui a maintenant envahi tout, de la finance qui devient un jeu, au journalisme qui devient une course à l’audience. Pour preuve, l’attitude des passants qui observent tout cela comme une télé-réalité, sans penser au danger, et surtout au fond du problème. Le film oscille entre le pessimisme et un faux optimisme pour coller aux habitudes de la « Happy End ». On ne peut pas en dire plus sur cette histoire de manipulation sans faire du « spoiler ». Toutefois, on peut voir tout le talent de la réalisatrice pour passer son message, tout en utilisant une forme qui ne choquera pas. Le film reste un divertissement efficace, mais amène ce petit plus de réflexion, tendant même un miroir au spectateur en conclusion.

« Show must go on », dit on. Mais le show doit-il continuer dans la finance comme dans le reste, aboutissant à un endormissement général. Kyle paraît bien seul dans cette histoire, alors qu’il représente les petits actionnaires de Wall Street, cette classe moyenne a qui on a fait miroiter des profits rapides, pourtant bien loin des sommes de la caste financière. Jodie Foster n’est pas allé plus loin sur ce chemin, sinon à travers le personnage de la femme de Kyle. Reposons là le voile du secret du film…

Avec une brillante actrice réalisatrice comme Jodie Foster, on pouvait s’attendre légitimement à une réussite. En empruntant un chemin très balisé avec son métier, elle a rempli sa mission. Mais comme la conclusion énigmatique de son film, croit-elle vraiment que cela va changer la donne?

Money Monster, 2016, par Jodie Foster, avec Jack O’Connel, George Clooney, Julia Roberts

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