France : Pourquoi le chômage ne s’inverse que par des manipulations


Voilà quelques semaines maintenant que l’on nous annonce avec force courbes et graphiques que ça y est, la Courbe du chômage s’est inversée ! Une analyse bien rapide qui oublie les petites manipulations possibles.

D’abord, qu’est ce qu’une courbe qui s’inverse ? Est-ce qu’il s’agit d’une descente franche et régulière, totalement opposée à la montée que nous avions ces dernières années, ou bien un point d’inflexion qui peut être aussi une tendance à la stagnation ? Quelles catégories considère-t-on ? Rappelons que l’on a (source service public) :

Catégories Demandeurs d’emploi concernés
A Personne sans emploi, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi, à la recherche d’un emploi quel que soit le type de contrat ( CDI,CDD, à temps plein, à temps partiel, temporaire ou saisonnier)
B Personne ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi
C Personne ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi
D Personne sans emploi, qui n’est pas immédiatement disponible, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (demandeur d’emploi en formation, en maladie, etc.)
E Personne pourvue d’un emploi, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Et là, déjà, il manque des chiffres, car on a évidemment les personnes sans emploi, sorties de la période d’indemnité chômage, disponible donc, mais devenues invisibles dans ces statistiques. Le rapport mensuel de la DARES pour Pôle Emploi ne les montre pas. On a aussi les statistiques INSEE (Tous les trimestres, l’INSEE détermine les nouvelles statistiques du chômage en France grâce à une enquête spécifique, l’enquête Emploi, qui interroge 100 000 Français en âge de travailler). Il faudrait rajouter, selon ces chiffres, environ 1,4 à 1,5 Millions de personnes. Reste à connaître donc l’évolution de ce chiffre des « personnes dans le halo du chômage ».

Comme on peut le voir dans la courbe ci dessus, ce chiffre a explosé depuis les 2 dernières années et a tenté d’être jugulé un temps par une action sur les emplois aidés, les formations, ce qui gonflait par ailleurs d’autres indicateurs.

Revenons par ailleurs au rapport de la DARES qu’il est toujours plus intéressant de lire à partir de la page 10. C’est en effet là que l’on peut lire les motifs de radiations ou les raisons de la « disparition » de certaines catégories de chômeurs. Celui du dernier mois est édifiant :

Comparons déjà deux chiffres : Celui des reprises d’activité et celui des entrées en stages.

chmage2 chomage1

Ces derniers mois, il y a un pic inédit, et ils se répondent l’un à l’autre. Cela sous-entend que l’on a créé des stages, que l’on espère profitables aux chômeurs, pour gommer la progression. Les défauts d’actualisation sont une autre méthode bien connue.

chomage3

Déjà très hauts durant ces années de crises, ils ont de curieux soubressauts depuis l’ère Hollande, et jamais autant que durant ces dernier mois. De quoi se demander pourquoi, chose que personne ne fait. Et viennent ensuite les radiations administratives.

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Si on a vu que d’un coté il y avait eu ralentissement momentané des personnes hors statistiques, on a vu qu’il y avait soudaine réaugmentation de ce chiffre. Et curieusement, cela correspond à une reprise des radiations administratives, déjà très hautes depuis fin 2012. Rien n’est trop beau pour faire baisser les chiffres des indicateurs.

Tout cela ne fait que confirmer ce qui se passe sur le terrain, à savoir la précarisation, le recours à de multiples CDD et stages bidons, en déphasage avec les besoins des entreprises. Mais cette politique de Pôle Emploi particulièrement nauséabonde se double d’une lecture bien rapide de la majorité des analystes et médias, comme s’il fallait être complice de cela, pour que cela continue demain avec les prochains gouvernants. A part dire qu’une partie du chemin est faite, je n’ai pas lu grand chose. Mais pour moi, ces chiffres ne font que confirmer une mutation du monde du travail vers une instabilité chronique et durable.

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Une réflexion sur “France : Pourquoi le chômage ne s’inverse que par des manipulations

  1. En France, ce qui était l’exception (CDD) est devenue la règle. Le CDI se fait rare. Le recours aux emplois aidés est de plus en plus présent. Des contrats aidés bidouillés, sans grande perspective d’avenir, d’évolution. J’en reviens pour la seconde fois… Vive la précarité! Que disait un certain ministre ? « Si j’étais au chômage, je serai combatif… blablabla… ». Le p’tit Macron s’en est allé, lui le combattant de tous les instants…
    La norme, ce sera bientôt la majorité des français au chômage et une minorité à avoir le « luxe » de travailler de manière rémunérée.

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