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Ciné-Politique : Il est de retour


Sous le titre original « Er Is Wieder Da », ce film est l’adaptation du livre à scandale du même nom. Pourquoi un scandale ? Parce que cette oeuvre satyrique de Timur Vermes imagine une Allemagne vivant le retour d’Hitler. De quoi s’interroger sur ce qui reste de l’histoire.

 » Le 30 août 2011, Adolf Hitler se réveille dans un terrain vague à Berlin sans aucun souvenir de ce qui s’est passé depuis fin avril 1945. Sans abri et sans ressources, il interprète tout ce qu’il voit en 2011 avec un regard « nazi » (ainsi, il suppose que les Turcs d’Allemagne indiquent que Karl Dönitz a persuadé les Turcs de rejoindre les forces de l’Axe, de même il pense que l’origine du nom Wikipedia provient de Wikinger) — et bien que tout le monde le reconnaisse, personne ne croit qu’il est vraiment Adolf Hitler. À la place, ils pensent que c’est un comédien, ou un acteur de méthode. Dès lors, les vidéos de ses coups de gueule télévisuels deviennent d’énormes succès sur YouTube, obtenant ainsi le statut de célébrité moderne en tant qu’interprète. »

Le film laisse comme un malaise. Le livre fut critiqué pour donner une vision « humaine » du Führer, un personnage qu’on peut idolatrer. Et c’est justement toute la mécanique qu’il dénonce puisque le film rappelle qu’Hitler n’a pas pris le pouvoir par la force mais par le fruit d’une situation (la crise économique), de mensonges (faut attentats et faux coupables…) et d’une mécanique médiatique bien rodée. Ici, il découvre donc la télévision et internet. Mais là où le film fait très fort c’est qu’il mélange images réelles de la confrontation avec la population allemande et images fictives. Il faut parfois connaître un peu de la vie politique allemande pour comprendre qui sont les personnages cités. La palme revient au président fictif du NPD (parti se disant héritier du parti nazi) et qui est baptisé Ulf Birne (poire en allemand) alors que le véritable président de ce parti était un certain Holger Apfel (pomme en allemand). Mais les clins d’oeils ne manquent pas vers la véritable montée au pouvoir d’Hitler.

Le malaise qui nous saisit intervient justement lorsque l’on voit la réaction des vrais allemands (mais aussi d’acteurs). Le procédé est connu et a été utilisé dans des films comme Borat de Sacha Baron-Cohen, par exemple. Le discours d’Hitler dénonçant la télé comme une distraction endormissant le peuple, est terrible car en préchant le vrai, il attire immanquablement le spectateur à le suivre et pointe peu à peu vers les bouc-émissaires de cette situation. Si malaise il y a, c’est justement parce que l’on croit au personnage (magistralement interprété par Oliver Masucci, pourtant trop grand). On croit à ses discours, à ses confrontations et on croit malheureusement à une ascension possible vers le pouvoir.

Fort heureusement, il n’y a pas de tel personnage dans la vraie vie, pourrait-on se dire. La fin du film montre la montée de Pegida, de l’AFD en Allemagne, les partis extrémistes et neo-nazis en Suède et Autriche, l’extrème droite anglaise et française. Il ne faut pas oublier qu’on nous vend l’Allemagne comme le phare de l’Europe, la terre d’accueil et de prospérité idéale. On voit bien qu’il n’en est rien pour les allemands qui continuent de souffrir et de plus en plus (cf la progression de la pauvreté…). On nous vend aujourd’hui des mesures suivant l’exemple allemand mais on voit que cela n’empêche pas la montée de l’Extrême-Droite, avec ou sans migrants. Mais au delà même de la politique économique, c’est aussi la mécanique médiatique qui est pointée du doigt à travers cette chaine fictive qui trouve de quoi gonfler les audiences.

Le film montre cette course à l’audience qui produit des recettes publicitaires. Et la guerre de pouvoir au sein de la chaîne qui aboutit à virer Hitler n’est que de courte durée. Bien vite, les recettes publicitaires imposent cette course à l’audience sans barrières. La politique devient spectacle mais le spectacle devient politique. Le mélange des genres est total et le paradoxe aussi puisque ce Hitler dénonce un système qu’il utilise finalement pour sa propagande. On ne voit finalement pas trop la mécanique d’Internet et des réseaux sociaux, si ce n’est à travers des vidéos de spectateurs des émissions qui réagissent, donnant un accent de vérité au film.

Je ne révèlerai pas la fin du film, qui tient en une phrase choc. La France n’a pas forcément une figure similaire dans son histoire mais on voit pourtant bien ressurgir des recours à l’histoire et de vieilles recettes similaires dans notre extrême-droite. Cet excellent film montre, par le divertissement, que nous devrions réfléchir à ce que nous voyons, écoutons, et à l’Histoire. Derrière l’humour, il y a une vision au vitriol de l’Allemagne mais aussi de toute l’Europe. On peut s’étonner d’ailleurs que ce film n’ait pas eu plus de lumière lors de sa sortie en France. A se demander, justement, si nous n’avons pas un problème avec notre propre histoire dans cette periode.

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