France : Le Lobby viticole


Voilà, c’est commencé ! Partout en France on se met à vendre du vin dans des pseudo-foires, ce breuvage qui par ailleurs est critiqué pour l’addiction qu’on peut avoir pour lui. Mais comment en est-on arrivé à ce paradoxe ?

 

Il faut dire que la France se présente comme LE pays du vin, alors tout est bon. Pourtant l’origine du vin est bien lointaine, puisque dans l’antiquité, on en retrouve dans le Caucase ou dans l’Egypte. En Chine, on parle de 4600 ans d’ancienneté. Pour la France, ce sont les romains qui amènent le culture de la vigne et utilisent le tonneau gaulois pour le transport. Et la religion chrétienne utilise ensuite le vin comme « le sang du christ », assurant sa popularité. Peu à peu, les cépages, les méthodes de vinification se diversifient, et la viticulture se structure. Il faudra pourtant attendre 1905 pour que les appellations soient définies.  Selon la Revue du Vin, le secteur représente 558 000 emplois en France, dont 142 000 viticulteurs, 7,6 Milliards d’exportation, soit le second secteur d’exportation, et la France est le premier pays producteur du monde (en valeur) avec 16% du marché, tout en consommant 14% du marché. Mais en 50 ans, la consommation par habitant a été divisée par 2, compensée par la démographie. Avec 17 régions sur 22 qui sont viticoles, on comprend mieux l’enjeu économique et le soutien qu’apporte la Grande Distribution, dans une surenchère qui se rapprocherait presque de la vente forcée.

Les régions viticoles
Les régions viticoles

Récemment, la Loi Evin, qui réglementait la publicité des alcools, a été modifiée (ouverture de la publicité sur Internet) par Roseline Bachelot en 2009, mais surtout par l’amendement César (sénateur de la Gironde !) en 2015, permettant une « information » sur le secteur vin, en la distinguant de la publicité. Il s’agit finalement de parler d’un cépage sans parler de marque/viticulteur. Et pourtant, on s’accorde sur le fait qu’annuellement en France, il y a environ 50 000 morts dus à l’alcool. Nous ne sommes heureusement plus dans cette période où l’alcool était servi jusque dans les chaines de montage des usines. Mais l’idée que le vin est bon pour la santé perdure encore…malgré l’addiction qui en découle. 

Mais il y a bien d’autres manigances dans le milieu du vin : Les procédés chimiques sont légions, au point que la vinification traditionnelle est devenue rare. Certains labels essaient de se constituer dans le « bio » mais il faut être connaisseur pour faire le tri, un vin non bio pouvant être fabriqué sans procédé chimique, tandis qu’un bio peut avoir des procédés chimiques. Une étude a montré jusqu’à 47 produits différents dans le vin. Outre le fait que les doses admissibles sont dépassées, il faut aussi s’intéresser aux techniques de culture. Comme beaucoup de domaines agricoles en France, la viticulture fait une trop large utilisation de pesticides. Selon une enquête de « Générations Futures », les vignobles représente 3.7% de la Surface Agricole Utile en France, ils consomment environ 20% des pesticides (en masse), notamment des fongicides. La France est déjà le 4ème consommateur mondial de pesticides. En 1995, une étude du Pr Viel de la faculté de Besançon faisait un lien entre pesticides et cancers. Mais le sujet reste encore tabou, tout autant que la reconnaissance en maladie professionnelle. Sur l’échantillon d’un laboratoire en 2011, on avait 11 fois plus de résidus de pesticides en moyenne chez les salariés viticoles que chez les non professionnels habitant loin de vignes.

Il suffit de regarder la carte de Générations Futures parue en 2016, pour se rendre compte du problème : Ce sont bien des régions viticoles qui sont parmi les plus grandes utilisatrices (la Gironde, notamment). Si les élus sont pressés de défendre l’information sur les vins, ils le sont moins pour faire appliquer les directives sur les pesticides, qui menaçent à la fois les professionnels du secteur mais aussi les riverains.

En superficie, 2% des vignobles français sont aussi la propriété d’investisseurs étrangers, notamment en Provence avec 5%. Mais l’attractivité est en baisse ces dernières années, avec des reventes d’investisseurs chinois, déçus de la rentabilité. La Chine vient d’ailleurs de dépasser la France en terme de Surface, où nous ne sommes que 3ème (derrière l’Espagne). Et puis, sur ce juteux marché, le phénomène de faussaires en grands crus et de manipulations de mélanges et de chimie pour tromper le client devient inquiétant.

La forte valeur ajoutée du vin français par rapport aux concurrents rapproche ce produit de l’univers du luxe, sur lequel le lobbying est aussi très fort. Une aristocratie du vin s’est créée et elle est aussi là pour faire rêver l’acheteur lambda, sombrant dans l’écueil des fausses valeurs (combien de société de Champagne vivent sur leur réputation plutôt que sur leur qualité) Aussi, il ne faut pas s’étonner, en cette période de crise, de voir ce secteur partir dans des dérives dangereuses pour l’intérêt commun. Au passage, la politique de répression de l’alcoolémie au volant est encore concentrée sur la baisse des taux d’alcoolémie, et quelques actions d’éclats. On voit rarement une présence systématique de contrôle dans les sorties de boites de nuit, les férias et autres lieux de beuveries causant de nombreux accidents (de l’accident de la route mortel en passant par la chute mortelle, le viol, les bagarres avec armes blanches….).

Si l’on peut comprendre la sauvegarde de l’emploi, elle ne peut se faire à tout prix, comme ce qu’a fait Manuel Valls dans l’affaire des boues rouges des calanques. La viticulture est un exemple moins spectaculaire que l’on retranche trop souvent dans la rubrique tradition, en oubliant l’intérêt commun. Mais il serait bon de faire le ménage dans cette agriculture, de privilégier la qualité à la quantité, sous peine de perdre bien plus gros encore. Mais plus encore, c’est dans l’impact sur la vie politique qu’il faut se poser des questions sur les liens trop étroits entre ces deux mondes. Et dans un monde où la viticulture s’apprend très vite et où les goûts du marché évoluent selon non pas la « vieille europe » mais d’autres contrées, l’avenir de la filière peut aussi amener la question : « le jeu en vaut-il la chandelle ».

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