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France : l’aspiration FN au quotidien


Revenons un instant à la politique Française, mais bien loin des discussions d’assemblées, des piques médiatiques pour parler de ce qui se dit sur le terrain, et sur l’inexorable(!?) montée du parti d’extrème droite.

On n’analysera pas ici toutes les raisons de cette montée, mais ce qui se dit, les personnes qui se disent prêtes à voter pour ce parti et les raisons qu’elles affichent. Car nous ne sommes pas seulement dans le cliché d’une France devenue plus raciste qu’autrefois. L’électorat potentiel est bien plus divers que ce que l’on caricature souvent.

La peur comme moteur

Le discours récurent est pourtant bien un discours de peur. On cite évidemment le mythe du grand remplacement que l’on retrouve au FN, chez les complotistes et chez des idéologues de renom, relayés très et trop largement par voie de presse. Car au delà de cette idée d’une perte supposée d’identité française (parfois de la part de personne issues elle mêmes de l’immigration ), il y a la peur des terroristes, de l’insécurité qui serait uniquement le fait des migrants. On entend ainsi l’argument que 25% des migrants « fichés » à l’entrée de l’Europe auraient disparus….ce qui est aisément conpréhensible quand on cherche à les rejeter ou les parquer et les empécher d’atteindre leur but. Et comme argument, on trouve souvent des bribes d’articles, des images détournées sur des réseaux sociaux, et qui créent des rumeurs insistantes. Je ne m’attacherais pas ici à contredire chacune de ces rumeurs par l’ensemble des faits bien réels. Cela a déja été fait par le passé. Plus inquiétant est le fait que ces mythes soient relayés au delà du FN, par des candidats aux primaires de droite par exemple. Le retour de baton risque d’être sévère.

L’autre peur est celle de l’avenir, de la perte d’emploi, d’être à la rue demain. Et on voit en corrolaire de cela des arguments comme les dépenses sociales qui ne vont pas à ceux qui en ont besoin, et finalement une montée de l’individualisme : Pourquoi eux et pas moi ? On pourrait élargir cela au sentiment global d’injustice sociale mais qui crée de fait des rivalités autant sociales qu’ethniques, religieuses. Le discours est identique en Allemagne, Autriche, Norvège…. Ces personnes se rattachent finalement à de petits groupes parce qu’ils n’ont plus le sentiment de faire partie d’une seule France. A cette partition, il faut souligner combien les discours souvent contradictoires du FN, répondent, autant que l’on divise aussi par des politiques clientèlistes. Mais là n’est pas le sujet du moment. Soulignons cependant le fait que le FN a été très absent lors des manifestations contre la loi Travail, hésitant entre ses deux électorats de base.

2007, si différent de 2017?
2007, si différent de 2017?

Une défiance des élites, une volonté de tout faire sauter

L’autre discours qui vient, et pas forcément de personnes portées sur la peur, c’est l’envie de faire sauter un establishment vu comme une élite. On entend le discours : Je vote FN et si il passe, ça sera tellement la merde qu’on pourra refonder autre chose. En quelque sorte, le FN serait le catalyseur d’une révolution, et non sa solution. Cette idée se base sur le fait que la France s’est construite dans la violence, et dans la chute et la recréation d’élites, via la récupération de ces mouvements. Le calcul est justement à l’opposé de la peur puisque qu’il n’y a aucune certitude sur l’issue d’un tel acte : Acceptation d’une dictature, régime instable, révolution dans le sang, …. ? Qui peut le dire? Ce qui est plus inquiétant c’est la réponse politique actuelle qui tend vers un écartement des petits partis de la vie politique et l’installation d’un tripartisme afin que chacun préserve son bien. C’est l’objet d’une nouvelle loi électorale, par exemple, tout autant que le refus de la transparence, autant en politique qu’en économie, pourtant réclamée par la population. C’est aussi l’accumulation de votes populaires (présidentielle, référundum…) suivis de décisions contraires, qui alimente ce phénomène. Et en même temps, les reculades après des manifestations peuvent laisser penser que l’état n’est pas en mesure de juguler une révolte qui dégénérerait en révolution. La position jusqu’auboutiste et dictatoriale de Valls et Macron dans la loi travail essaye de prouver le contraire. et face à ce sentiment d’élite, on entend aussi et toujours des personnes appelant à la fermeture de l’ENA, tout en étant issues de ce sérail….Rien n’est trop beau pour capter cet électorat et endormir l’électeur.

Et puis comme dit mon estimée consoeur Agnès Maillard, il y’a un problème de valeurs actuelles.

Que répondre ?

Les faits et les statistiques ne parviennent à juguler les rumeurs efficacement ou les fausses théories. La presse a perdu totalement sa crédibilité, par exemple, à force de liens avec pouvoirs et grandes industries (90% de la presse au main de 9 milliardaires). Au mieux, peut-on démasquer le FN aux yeux de certains, mais pour proposer quoi en alternative efficace? J’insiste sur le terme Efficace car il faut répondre à la fois à un sentiment individualiste très fort (et qui écarte de fait toute solution d’extrême gauche, ou de gauche sociale) et à l’équité, ce que ne savent pas faire les partis. On peut discuter de cette disparition de l’idée de solidarité ou d’unité, qui est finalement au coeur du problème. Quand je dis disparition, c’est à peine exagéré car même chez des syndicalistes qu’on croît gardiens du temple de la solidarité, en creusant, on trouve vite des limites au discours, à force d’être nourris aux divisions intestines du mouvement syndical français.

Et puis pour celui qui souhaite que tout éclate, on pourrait répondre qu’il faudrait refonder le système. Mais le système se protège dans sa fonction constituante. Le mouvement « Nuit Debout » montre bien l’utopie ne permettant pas à chacun de trouver son bonheur. Orienté sur l’idée de solidarité, il se ferme évidemment aux idées plus individualistes ou sectaires et c’est tout le paradoxe. Les raisons profondes de cette cassure ne sont pas prises en compte et même accentuées par une politique constante de division. Les discours plus « centristes » des candidats à la primaire à droite ne peuvent cacher bien longtemps la volonté de ne pas protéger les plus faibles, par exemple, sans privilégier d’abord les forts et les audacieux. Meme avec le renfort momentanée de la pensée chrétienne démocrate, on a bien du mal à croire que le conservatisme et la protection des acquis des plus riches ne sera pas encore en premier dans la « shopping list » du candidat. Cette division multiple de la société française se cristallise finalement dans plusieurs protestations : l’abstention, le FN , et une multitude de petits mouvements qui se rapprochent de plus grands au gré du vent. Je pense à l’UPR, à l’UPF pour la droite, à des mouvements pseudo écologistes, comme celui de JM Governatori, des mouvements révolutionnaires ou anarchistes, sans qu’il y ait forcément de passerelles systématiques ou de points communs entre eux, d’ailleurs.

Finalement, le sentiment est qu’une partie de électorat français est perdue. Quand on est perdu on a peur, et quand on a peur, on a tendance à perdre ses moyens et se perdre encore plus, jusqu’à trouver tous les boucs-émissaires. Au quotidien, avec quelques discussions, c’est plus cela qui ressort plutôt qu’une adhésion profonde au racisme chez toutes ces personnes, ou à d’autres théories défendues par le FN. Dans une vision optimiste, on pourrait dire qu’il suffirait de donner un autre espoir qu’une France recroquevillée et barricadée, que tout changerait. Mais cet espoir ne sera plus donné par de vieux politiciens, ou de jeunes politiciens aux idées de vieux… Qu’on se le dise, la femme ou l’homme providentiel n’existent pas. A voir les sujets les plus importants pour les Français (Chomage, Santé, Education, Pouvoir d’achat), on se demande quand même en quoi le FN répond mieux que les autres à ces problématiques. C’est moins vendeur que la peur, mais plus proche des aspirations profondes. Problème : Le FN d’aujourd’hui a aussi compris cela et entreprend maintenant de trouver des réponses sur ces sujets, … toujours aussi simplistes évidemment.

2 réflexions sur “France : l’aspiration FN au quotidien

  1. Salut

    Jolie analyse, à laquelle j’ajouterais que les personnes que j’ai rencontrée qui votent FN, sont en général des gens gouvernée plus par l’émotion que la raison. Pour avoir discuté avec eux, ils sont émus quand ils voient les exactions de Munich, par ex, émus de savoir qu’un réfugié en attente de papiers touche un peu d’argent (qu’ils imaginent volontiers dans leurs poches), émus de voir des musulmans prier dans la rue (ils s’imaginent devenir musulmans).

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