Présidentielle française : Pourquoi je vote Mélenchon


Après 4 mois de pause, je sors de ma réserve et je réactive (de manière éphémère) ce blog. Il le fallait, dans ce qu’on appelle la dernière ligne droite où les mensonges commencent à l’emporter sur la vérité, surtout de la part d’une presse qui à 90% a perdu son indépendance (appartenance à des grands groupes financiers)

Mais venons-en à mon choix. Je n’ai jamais affiché une grande passion pour le personnage Jean-Luc Melenchon, lui reconnaissant du talent, mais aussi quelques errances coupables. Pourtant, j’ai lu son programme (une version BD existe….) et c’est celui que je juge le plus proche de mes aspirations, malgré quelques parties utopiques. En tout cas, il est très loin de la vision caricaturale d’un communiste dictatorial, mais dans la lignée du socialisme écologique tel qu’il aurait du rester au cours des dernières années. Quand je dis ça, on peut me reprocher une vision passéiste, mais alors que sont les autres propositions sinon des retours à des situations encore antérieures, jusqu’à la fin du 19ème siècle pour les propositions de François Fillon et Emmanuel Macron dans la création d’un rapport de force destructeur entre l’actionnariat et les employés. Il semble que nos politiques ont simplement oublié l’histoire, la crise de 29 (et encore plus les racines de celle de 2008 qui ne tardera pas à revenir), le New deal, cette politique interventionniste qui a permis par la force d’un état de sortir la tête de l’eau. Mais on considère cela comme du pur keynesianisme, jusqu’à rester bloqué par des dogmes qui ont tous prouvé leur inadéquation au monde, ou au moins à la France. Car on oublie aussi qu’une recette convenant à un pays ne peut pas s’adapter d’un coup de baguette magique à un autre sans prendre en compte la psychologie de la population.

L’autre intérêt du programme de Melenchon est cette possibilité enfin offerte d’une réforme en profondeur. Quand on dit cela, ce n’est pas une réforme de façade comme celle de Macron, ou une rupture dans la violence comme celle du FN, ou pour une caste comme pour Fillon, mais une possibilité de revoir, via une constituante, le fonctionnement des institutions. Le pari est évidemment risqué, pouvant aller même jusqu’à l’inverse, à savoir une prise de pouvoir par l’extrême-droite et les mouvements fascisant. Mais entre la possibilité de révocation, la remise en cause de la classe politique actuelle, la prise en compte du vote blanc, voir la possibilité de tirage au sort, avouez que c’est ce qui est le plus proche d’une possibilité plus « démocratique ». Je me suis déjà, pourtant, fait l’écho des limites humaines que je vois à cette théorie de la démocratie. Au moins, peut-on le tenter car c’est un peu la dernière chance d’une sortie par le haut. Le bricolage, ça suffit.

Sur le sujet qui m’est le plus cher, la géopolitique, la vision de cette candidature m’intéresse. Il y a en effet une reprise de théories néo-réalistes qui me conviennent bien mieux que l’atlantisme ou l’affiliation à la Russie qu’on voit chez les autres… et même chez lui. Car contrairement à ce que beaucoup disent, Jean-Luc Melenchon n’a jamais affiché de soutien à Poutine, se contentant comme beaucoup de diplomates, de souligner l’impératif de la participation russe dans les solutions aux conflits dans le moyen-orient. Il en est de même pour la Turquie, l’Iran, Israël et toute puissance impliquée dans cette zone. Il faut également faire preuve de réalisme historique sur le problème de la Crimée et ne pas sombrer dans une vision totalement manichéenne du monde. Quant au problème de l’ALBA, c’est un faux problème soulevé par ceux qui regardent de loin la situation en Amérique du Sud. On ne peut pas dire que cette alliance fonctionne, d’ailleurs, mais l’adhésion du Suriname, par exemple, permet aussi d’envisager des solutions pour la Guyane à travers cette organisation qui tient beaucoup d’une coquille vide pour l’instant. Et que dire de la main mise américaine qui se refait jour, comme au pire des années 70. On peut dire que l’Equateur a échappé au pire, mais regretter la fuite en avant du Venezuela avec un Maduro devenu incontrôlable.

Sur l‘Europe également, il faut se garder aussi du manichéisme. Si l’on est contre le fonctionnement actuel de l’Europe (qui est vraiment pour…? Même Juncker est critique), on peut aussi être Pour l’Europe. Renégocier les traités est effectivement peu probable avec le diktat qu’on a laissé s’installer (la majorité nécessaire, par exemple). Mais dans ce statu quo imposé, il va bien falloir avancer de force. L’une des solutions avancée par des personnes comme Hubert Védrine, qui est loin d’être un melenchoniste, est de revenir à plusieurs pôles européens de collaboration afin d’établir un calendrier de convergence vers une Europe qui fonctionnerait mieux. Ce serait même une main tendue potentiellement à la Grande Bretagne dans quelques années, si d’aventure le Brexit était remis en cause. La proposition de M. Melenchon est d’abord garder la France dans l’Europe et de trouver des partenaires pour faire pression et reprendre un véritable leadership que l’Allemagne ne sait pas prendre seule. Sinon, effectivement, on va vers un départ des pays les plus à l’est et qui sombrent dans des dictatures peu européennes, et donc une dislocation programmée, dont la France serait par la force des choses une actrice. C’est donc un rapport de force à installer pour éviter pire.

Je ne passerai pas en détail toutes les mesures sur des sujets importants comme l’éducation, la santé, la culture où j’adhère assez aux propositions. Mais comme je n’ai jamais voté contre quelqu’un ou pour le moins pire, je vote parce que je crois en l’avenir et je vote donc par conviction. Après à chacun, justement, de voir selon ses convictions en allant plus loin que le « on dit » mais en regardant les vrais programmes et calculs. Les électeurs de la France insoumise ont plutôt un profil de personnes éduqués et les ventes du livre de Mélenchon prouvent que le programme a été lu. Les vertueux sont loin d’être ceux que l’on croit. Quant à Gattaz le délocalisateur ou Hollande le traître, ils n’ont guère de leçons à donner….

ps: autant vous dire tout de suite qu’en cas de 2ème tour sans Melenchon, je n’irai pas voter contre quelqu’un, me rangeant alors au bon vouloir de ce suffrage…

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